vendredi 1 mai 2009

La mascunilité


Y’a un quelque chose que je dois illico avouer : j’me sens pas trop viril comme homme. Salope comme elle peut parfois l’être, la vie m’en donne la preuve tous les jours. À la naissance de ma fille, j’ai tellement vomi que les infirmières se sont plus occupées de moi que de ma douce moitié ; j’me suis battu contre moi-même pour pas fondre à la fin de « Titanic » et tous mes commentaires sarcastiques sur le film sont faux, il faut enfin que la vérité triomphe ; quand j’me laisse pousser la barbe, des boutons se mettent à décorer ma face ; j’aime pas écouter un film d’horreur tout seul ; je laisse ma blonde clouer tout ce qui se doit d’être cloué et enceinte jusqu’au bout des sourcils, elle a installé en solo la tapisserie de cuisine … je parle même pas du berceau de bébé à monter ; quand j’me fâche, ma voix devient tellement aigue que je semble avoir oublié cette phase de la vie qu’est de muer ; si je bois et que je suis malade, je met le blâme sur la nourriture que j’ai ingurgitée ; je pisse parfois assis car on m’a dit que ça aide à botter le cul au cancer de la prostate ; mon activité physique la plus épuisante est de taper des conneries sur mon ordi ; après 7 secondes intenses de sexe inoubliables, j’ouvre le réservoir et je pleure comme une fillette (c’est pas vrai, je suis sexuellement parlant moins performant que ça) et si j’me lève la nuit pour donner la suce à ma fille (ce que je fais pas mais si je le faisais), j’oserais jamais regarder vers le salon, de peur d’y voir un fantôme qui se berce sur ma vieille chaise laide.
Honnêtement, j’ai entrepris y’a pas trop longtemps quelques efforts pour devenir un vrai mec. 1ère étape : regarder plus souvent le hockey avec d’autres gars. La testostérone à l’état pure. Ce fut une réussite presque désastreuse. Quelques copains se sont pointés – youppie –, mais je leur ai rappelé durant toute la soirée de parler moins fort, question de pas réveiller le bébé.
J’me suis acheté aussi un manteau à carreaux, style bûcheron. J’aime la sensation virile et sauvage que ça m’apporte. J’ai même rencontré un type avec qui j’allais au secondaire et il m’a demandé si j’étais devenu bûcheron. J’étais fier pas à peu près. Imaginez sa déception quand je lui ai raconté que j’avais plutôt écris un livre que presque personne a lu et que je concevais des séries télé que personne veut produire. Un manteau à carreaux? 95$. La déception sur un visage qu’on a pas vu depuis 10 ans? Ça n’a pas de prix.
J’ai assisté à un show punk pour me prouver que j’avais encore une fougue de jeunesse et des couilles en cryptonite. Toute une soirée, faut l’avouer. Mais quand j’ai suivi les conseils platoniciens de mon ami d’aller dans le « Mosh Pit » et de faire un peu de « Body Surfing », ça pas pris 3 secondes avant que je reçoive un coup et que je perde mes lunettes. Je les ai pas retrouvées. Quand le courage s’est pointé au rendez-vous et que j’me suis enfin décidé à me faire transporter à bouts de bras, une seule pensée traversait mon crâne : celle de pas perdre mon portefeuille. Et celle de me faire effleurer le pénis le moins possible par des gars. J’étais moyennement fixé sur les filles par rapport à la question.
Il faut parfois hisser le drapeau blanc et capituler lors d’une vie. Je serais jamais un homme imposant, poilu, effrayant et qui impose un respect dictatorial. C’est pas grave je suppose. Moi, au lieu d’exiger à ma douce qu’elle me fasse un sandwich après 5 mémorables déhanchements de bassin, j’me mets à pleurer.
Mais ta gueule Steve!

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