Quand on est plutôt jeune, on se dit des choses qui nous échappent qu’on va finir par les comprendre avec le temps. Rien presse. Qu’est-ce que j’en avais à foutre à seize ans du travail, des relations avec les femmes et de l’argent? J’étais obsédé par la musique et les films. Tout ce qui m’intéressait, c’était les chef-d’œuvres que des génies avaient pondus bien avant que je vienne au monde. Des Stooges à Citizen Kane, de Hank Williams à Taxi Driver… c’était ça mes préoccupations. J’allais avoir le reste de ma vie pour saisir les interrogations de la vie adulte avec tout ce qui a autours.Bon sang. J’ai toujours été con à un point inimaginable.
Si Doc Brown se pointait chez moi avec sa Doloreane volante munie de son convecteur temporel qui permet de voyager dans le temps et qu’il me demandait où je veux aller, je ferais un tour dans le passé et j’irais à la rencontre de la version maigre et boutonneuse de mon moi-même de seize ans.
- Alors c’est à ça que je vais ressembler quand je vais avoir presque trente ans?
- Ouais. C’est décevant, hein?
- Qu’est-ce que je peux faire pour pas te ressembler?
- Bouffe moins. Arrête de vouloir ressembler à Neil Young ou Kurt Cobain. Juge pas les autres par les disques qu’ils écoutent et les films qu’ils aiment. Dis-toi que tout le monde travaille et qui a pas de sous métier. Sois zen. Accepte le fait que tu seras jamais Orson Wells ou Tarantino. Pense à tes actions et au fait que t’es plus blessant que tu le penses. Comprend les femmes.
- Comprendre les femmes?
- Ouais.
- On fait comment?
- C’est simple. On… euh, je sais pas. On est pas trop des personnes brillantes toi et moi.
Tu parles que je suis pas celui qui aurait inventé la roue même si on m’avait fourni le plan, les matériaux et les outils. Je suis tellement con que je pourrais croire celui qui me dirait que le but premier d’une érection est de pouvoir pisser par-dessus un mur. Je suis du genre à gober qu’une lotion solaire guérit le cancer de la peau et que toutes les fichues stripteaseuses de la planète se trimballent un doctorat en médecine. Je peux vivre avec le fait que je boxe pas dans la catégorie d’Einstein ou d’Edison. Mais être illettré par rapport aux bons dieux de bonnes femmes est un truc qui assassine mais quelques parcelles de joie.
Les filles m’obsèdent depuis que j’ai treize ans. Les filles me rendent malheureux depuis que j’ai treize ans. Je crois que ma vie aurait été plus évidente si j’étais gai. Je comprends les hommes et j’apprécie leur présence. Le hic, c’est que je les trouve repoussants. Emmenez moi la plus grosse conne de la planète mais si elle est belle, je vais vouloir l’épouser et partager avec elle un compte bancaire conjoint. Mais ça durera pas et les mêmes conneries vont recommencer comme une spirale dont on peut pas s’échapper.
Je suis sortis avec pas mal de filles différentes et au bout d’une longue et pénible réflexion, j’en suis venu à un constat : la femme de mes rêves est la schtroumpfette. C’est si simple que je m’en veux de pas l’avoir compris plus tôt. La petite dame a pas de vagin. Alors? Pas de risque de MTS et pas de semaine par mois où je voudrais la tuer. Bon, ça sera pas trop évident de faire l’amour mais je pourrais lui apprendre un mot que le grand Schtroumf lui a sans doute caché : fellation.
Ensuite, la blondinette vit dans un village où elle est la seule femme. C’est sûr qu’elle est habituée aux blagues scatologiques, à regarder le sport à la télé et à se faire dire par tous les autres Schtroumfs qu’ils pensent à elle lorsqu’ils se masturbent. Sauf le Schtroumf coquet, bien entendu. Y a aussi une autre chose qui m’a toujours allumé chez elle : le fait qu’elle soit diabolique à la base. Gargamel l’a créée dans le but de trouver le village des Schtroumfs et de tenir la caméra lorsqu’il s’envoie en l’air avec Azrael. Elle est devenue gentille grâce au contact et à l’amour des Schtroumfs; mais je reste persuadé qu’elle a encore en elle ce petit côté secrétaire à lunettes qui aime bien connaître ses partenaires de boulot dans la salle à café après les heures de fermeture.
Ouais. C’est presque à trente ans que je réalise enfin que la seule femme dans l’univers qui pourrait me rendre entièrement heureux est une petite créature bleue de quelques centimètres. J’me demande si elle est sur Réseau contact…
