lundi 9 novembre 2009

L’amour des clichés


Écrire un scénario est un art. Des types comme Charlie Kaufman, Jim Uhls, les frères Coen, John Hodge, Tarantino, Nicholas Pileggi, William Monahan, Bob Gale, Judd Apatow et Harold Ramis ont pondu des trucs fantastiques. Pas à chaque fois ; mais lorsqu’ils visent juste, c’est pas à peu près. Côté dialogue, j’ai parfois envie d’assassiner des gars comme Trey Parker, Edgar Wright, Kevin Smith, Larry David, Mitchell Hurwitz, Gregory Thomas Garcia et John Swartzwelder tellement que leur sens de la répartie me refile des complexes.

Un film bien écrit est une merveille. Point à la ligne. On regarde souvent la télé et le cinéma de haut, mais quand c’est fait avec brio, ça n’a rien à envier aux autres arts. Prenez des scénarios comme « Citizen Kane », « Rear Window » ou « Casablanca » : ça fait plus de 60 ans qu’ils sont analysés et étudiés. Ils doivent être bons, non? Mais comme c’est le cas pour pratiquement tout, pour un truc fantastique, on retrouve en général un océan de merdes…

Une tonne de gens scénarisent par formule, en respectant les points pivots à la ligne et la structure des actes. C’est peut-être rassurant pour un producteur qui recherche le profit au dépend de la qualité ou pour une fraction du public qui ne veut pas être trop bousculé ; mais ça fait des films qui, personnellement, me donnent plus du tout envie de voir des films.

Comme je perds constamment mon temps et que l’expression « journée occupée » sonne comme de l’arabe à mes oreilles sales, j’me suis creusé mon minuscule cerveau à la recherche des pires clichés au cinéma. J’en ai répertorié quelques uns qui me sont particulièrement détestables…

Un personnage qui se réveille en sursaut et en sueurs après un rêve. Ça vous arrive souvent vous?

Le meilleur ami dévoué qui n’a pas de vie propre. Le personnage principal peut l’appeler quand il veut, lui confier ses problèmes… y a pas de problème! Ils ne font que parler de ce qui arrive au personnage principal.

La scène musicale intense dans laquelle le personnage principal prend conscience d’une chose importante avec des flash-backs.

Le mauvais copain détestable d’une fille pour qu’on comprenne qu’elle devrait sortir avec le gentil gars du film. Si elle était aussi cool et intelligente qu’on nous la présente, elle sortirait pas avec un trou-de-cul du genre, non?

Les films d’horreur pour ados. La liste pourrait être interminable. Le sexe est égal à la mort ; le tueur marche mais réussit toujours à rejoindre la victime qui coure ; le chat caché dans un garde-robe qui fait faire un saut ; le gros sans-dessein qui ne pense qu’au sexe, etc.

Les putains de scènes d’aéroport à la fin du film. Aaahhhhhgggggrrrrr!

Quand deux personnes s’engueulent et l’une sort de la pièce, l’autre dit toujours « Attends! » mais ne bouge pas. Merde, c’est quoi? Une bombe est installée dans son cul et va exploser s’il sort de la pièce?

Ouvrir la télé et tomber tout de suite sur une nouvelle importante. Ils connaissent pas ça, eux, cette charmante invention nommé « les pauses publicitaires »?

Les méchants trop méchants. Ils n’ont aucune humanité et ne veulent que détruire le monde ou empêcher le quart arrière de l’équipe de football de sortir avec la fille moche aux grosses lunettes noires. C’est pas le film « She’s all that » ça?

S’opposer dans un mariage et faire changer la mariée d’idée. Quelqu’un a déjà vu ça en vrai?

Les amis qui tentent de convaincre leur copain de ne pas se marier. Pourquoi? Il va perdre sa liberté. Le type habite déjà avec sa blonde alors so what? Le fait de se marier changera rien. J’en suis la preuve vivante…

Les bals de finissants qui sont toujours spectaculaires. J’me rappelle de mon bal. J’ai été saoul, j’ai été malade, j’ai bu de nouveau et j’ai revomis. Classe, non? Quelqu’un veut en faire d’un film?

Les gais. Ils sont toujours stéréotypés, extravertis et obsédés sexuels. Dans les films, lorsque deux gais sont dans une même pièce, ils tombent automatiquement en amour. Quelle connerie! On les présente toujours comme des « fofolles »!

D’autres idées?

Pop, filles, etc.

Cette semaine, alors que j’me tapais une sieste d’après-midi, un coup de fil m’a appris que j’allais obtenir du financement pour un deuxième long-métrage. Roulement de tambours, sortez les trompettes. Deux en quelques mois ; en terme de joueur de baseball, ça ferait une moyenne au bâton pas si mal. Si seulement ça pouvait payer les factures qui s’accumulent et faire en sorte que mes parents cessent de dire aux voisins qu’ils n’ont pas fils…

Qu’est-ce que j’ai pu bien faire pour célébrer la bonne nouvelle? Comment petit Steve b et le cul gigantesque qu’il se trimballe fait étalage de sa joie? Se saoule t-il? Pas d’argent. Appelle t-il des copains? Pas de copains. Se commande t-il de la bouffe? Il essaie de maigrir. A t-il du sexe? Encore une fois, pas d’argent. Écoute t-il de la musique et se tape t-il un film qu’il a déjà vu au moins 937 fois? Bravo! Vous méritez une laveuse sécheuse de l’année!

Je suis obsédé par la musique depuis que j’ai 11 ans. Je pense sans arrêt aux groupes que j’aime et à tous ceux que je déteste. J’me rappelle d’avoir volé la cassette « Fear of the Dark » d’Iron Maiden dans un… Woolco. Et ouais : l’ancêtre préhistorique de ce sympathique Wallmart. Malgré le fait que j’avais 13 ans, le suicide de Kurt Cobain m’a troublé pendant des semaines… ça et le fait que toutes les bons dieux de filles de ma classe décidaient de se faire pousser des seins. Ado, mon corps complexé sans poils n’a porté que des t-shirts de Megadeth, Pearl Jam, R.E.M, les Stooges, Beck, les Pixies et des Sex Pistols. Comme un véritable arriéré social, j’ai toujours considéré Bob Dylan, Leonard Cohen, Neil Young, Lou Reed et Elliott Smith comme des copains. J’ai bossé des années comme disquaire et j’ai tellement acheté de disques grâce à mon rabais d’employé qu’au bout du compte, je crois avoir gagné un total de 7 dollars. Salon remplie de cds? Ouep. Possibilité de sortir dans un bar et payer des verres à une jolie dame pour altérer sa vision? Nope.

Et les films eux… bon sang que j’ai perdu une partie de ma vie à regarder sur un écran la vie des autres. Vous savez quoi? J’ai zéro regret là-dessus. Ça valait fichtrement la peine. Des chefs-d’oeuvre comme « Trainspotting », « The Shining », « Goodfellas » et « Fight Club » ont changé ma façon de voir les choses. Quelles choses? Honnêtement, je sais pas trop. Je trouvais que ça sonnait bien. Pendant que les enfants de mon âge jouaient dehors et développaient ce petit truc que les scientifiques ont nommé « la vie sociale », moi je m’émerveillais devant « Evil Dead », « Back to the Future », « Fright Night » et « Pump up the Volume ». Y a des gens qui escaladent des montagnes et qui parcourent la planète comme des globe-trotters ; puis y a ceux comme moi qui regardent des gens escalader des montagnes et parcourir la planète comme des globe-trotters. Je suis un observateur qui se mouille jamais à l’action. C’est un rôle de froussard qui convient parfaitement au trouillard que je suis.

Les disques, les films et les filles se sont avérés mes obsessions. Tous mes souvenirs sont accompagnés de références cinématographiques et d’une bande sonore. J’aime croire que c’est peut-être un juste retour de l’ascenseur que je sois devenu scénariste et que j’écrive sur ces trucs. Y a quelque chose de poétique là-dedans, non?

Malheureusement, la réalité est que je suis un geek qui a placé ses priorités aux mauvais endroits ; une personne qui a peu de talents dans n’importe quel domaine, qui déteste les Trekkies et qui s’entête à rester le petit gars fasciné par Bill Murray et « Ghostbusters »…