lundi 9 novembre 2009

L’amour des clichés


Écrire un scénario est un art. Des types comme Charlie Kaufman, Jim Uhls, les frères Coen, John Hodge, Tarantino, Nicholas Pileggi, William Monahan, Bob Gale, Judd Apatow et Harold Ramis ont pondu des trucs fantastiques. Pas à chaque fois ; mais lorsqu’ils visent juste, c’est pas à peu près. Côté dialogue, j’ai parfois envie d’assassiner des gars comme Trey Parker, Edgar Wright, Kevin Smith, Larry David, Mitchell Hurwitz, Gregory Thomas Garcia et John Swartzwelder tellement que leur sens de la répartie me refile des complexes.

Un film bien écrit est une merveille. Point à la ligne. On regarde souvent la télé et le cinéma de haut, mais quand c’est fait avec brio, ça n’a rien à envier aux autres arts. Prenez des scénarios comme « Citizen Kane », « Rear Window » ou « Casablanca » : ça fait plus de 60 ans qu’ils sont analysés et étudiés. Ils doivent être bons, non? Mais comme c’est le cas pour pratiquement tout, pour un truc fantastique, on retrouve en général un océan de merdes…

Une tonne de gens scénarisent par formule, en respectant les points pivots à la ligne et la structure des actes. C’est peut-être rassurant pour un producteur qui recherche le profit au dépend de la qualité ou pour une fraction du public qui ne veut pas être trop bousculé ; mais ça fait des films qui, personnellement, me donnent plus du tout envie de voir des films.

Comme je perds constamment mon temps et que l’expression « journée occupée » sonne comme de l’arabe à mes oreilles sales, j’me suis creusé mon minuscule cerveau à la recherche des pires clichés au cinéma. J’en ai répertorié quelques uns qui me sont particulièrement détestables…

Un personnage qui se réveille en sursaut et en sueurs après un rêve. Ça vous arrive souvent vous?

Le meilleur ami dévoué qui n’a pas de vie propre. Le personnage principal peut l’appeler quand il veut, lui confier ses problèmes… y a pas de problème! Ils ne font que parler de ce qui arrive au personnage principal.

La scène musicale intense dans laquelle le personnage principal prend conscience d’une chose importante avec des flash-backs.

Le mauvais copain détestable d’une fille pour qu’on comprenne qu’elle devrait sortir avec le gentil gars du film. Si elle était aussi cool et intelligente qu’on nous la présente, elle sortirait pas avec un trou-de-cul du genre, non?

Les films d’horreur pour ados. La liste pourrait être interminable. Le sexe est égal à la mort ; le tueur marche mais réussit toujours à rejoindre la victime qui coure ; le chat caché dans un garde-robe qui fait faire un saut ; le gros sans-dessein qui ne pense qu’au sexe, etc.

Les putains de scènes d’aéroport à la fin du film. Aaahhhhhgggggrrrrr!

Quand deux personnes s’engueulent et l’une sort de la pièce, l’autre dit toujours « Attends! » mais ne bouge pas. Merde, c’est quoi? Une bombe est installée dans son cul et va exploser s’il sort de la pièce?

Ouvrir la télé et tomber tout de suite sur une nouvelle importante. Ils connaissent pas ça, eux, cette charmante invention nommé « les pauses publicitaires »?

Les méchants trop méchants. Ils n’ont aucune humanité et ne veulent que détruire le monde ou empêcher le quart arrière de l’équipe de football de sortir avec la fille moche aux grosses lunettes noires. C’est pas le film « She’s all that » ça?

S’opposer dans un mariage et faire changer la mariée d’idée. Quelqu’un a déjà vu ça en vrai?

Les amis qui tentent de convaincre leur copain de ne pas se marier. Pourquoi? Il va perdre sa liberté. Le type habite déjà avec sa blonde alors so what? Le fait de se marier changera rien. J’en suis la preuve vivante…

Les bals de finissants qui sont toujours spectaculaires. J’me rappelle de mon bal. J’ai été saoul, j’ai été malade, j’ai bu de nouveau et j’ai revomis. Classe, non? Quelqu’un veut en faire d’un film?

Les gais. Ils sont toujours stéréotypés, extravertis et obsédés sexuels. Dans les films, lorsque deux gais sont dans une même pièce, ils tombent automatiquement en amour. Quelle connerie! On les présente toujours comme des « fofolles »!

D’autres idées?

Pop, filles, etc.

Cette semaine, alors que j’me tapais une sieste d’après-midi, un coup de fil m’a appris que j’allais obtenir du financement pour un deuxième long-métrage. Roulement de tambours, sortez les trompettes. Deux en quelques mois ; en terme de joueur de baseball, ça ferait une moyenne au bâton pas si mal. Si seulement ça pouvait payer les factures qui s’accumulent et faire en sorte que mes parents cessent de dire aux voisins qu’ils n’ont pas fils…

Qu’est-ce que j’ai pu bien faire pour célébrer la bonne nouvelle? Comment petit Steve b et le cul gigantesque qu’il se trimballe fait étalage de sa joie? Se saoule t-il? Pas d’argent. Appelle t-il des copains? Pas de copains. Se commande t-il de la bouffe? Il essaie de maigrir. A t-il du sexe? Encore une fois, pas d’argent. Écoute t-il de la musique et se tape t-il un film qu’il a déjà vu au moins 937 fois? Bravo! Vous méritez une laveuse sécheuse de l’année!

Je suis obsédé par la musique depuis que j’ai 11 ans. Je pense sans arrêt aux groupes que j’aime et à tous ceux que je déteste. J’me rappelle d’avoir volé la cassette « Fear of the Dark » d’Iron Maiden dans un… Woolco. Et ouais : l’ancêtre préhistorique de ce sympathique Wallmart. Malgré le fait que j’avais 13 ans, le suicide de Kurt Cobain m’a troublé pendant des semaines… ça et le fait que toutes les bons dieux de filles de ma classe décidaient de se faire pousser des seins. Ado, mon corps complexé sans poils n’a porté que des t-shirts de Megadeth, Pearl Jam, R.E.M, les Stooges, Beck, les Pixies et des Sex Pistols. Comme un véritable arriéré social, j’ai toujours considéré Bob Dylan, Leonard Cohen, Neil Young, Lou Reed et Elliott Smith comme des copains. J’ai bossé des années comme disquaire et j’ai tellement acheté de disques grâce à mon rabais d’employé qu’au bout du compte, je crois avoir gagné un total de 7 dollars. Salon remplie de cds? Ouep. Possibilité de sortir dans un bar et payer des verres à une jolie dame pour altérer sa vision? Nope.

Et les films eux… bon sang que j’ai perdu une partie de ma vie à regarder sur un écran la vie des autres. Vous savez quoi? J’ai zéro regret là-dessus. Ça valait fichtrement la peine. Des chefs-d’oeuvre comme « Trainspotting », « The Shining », « Goodfellas » et « Fight Club » ont changé ma façon de voir les choses. Quelles choses? Honnêtement, je sais pas trop. Je trouvais que ça sonnait bien. Pendant que les enfants de mon âge jouaient dehors et développaient ce petit truc que les scientifiques ont nommé « la vie sociale », moi je m’émerveillais devant « Evil Dead », « Back to the Future », « Fright Night » et « Pump up the Volume ». Y a des gens qui escaladent des montagnes et qui parcourent la planète comme des globe-trotters ; puis y a ceux comme moi qui regardent des gens escalader des montagnes et parcourir la planète comme des globe-trotters. Je suis un observateur qui se mouille jamais à l’action. C’est un rôle de froussard qui convient parfaitement au trouillard que je suis.

Les disques, les films et les filles se sont avérés mes obsessions. Tous mes souvenirs sont accompagnés de références cinématographiques et d’une bande sonore. J’aime croire que c’est peut-être un juste retour de l’ascenseur que je sois devenu scénariste et que j’écrive sur ces trucs. Y a quelque chose de poétique là-dedans, non?

Malheureusement, la réalité est que je suis un geek qui a placé ses priorités aux mauvais endroits ; une personne qui a peu de talents dans n’importe quel domaine, qui déteste les Trekkies et qui s’entête à rester le petit gars fasciné par Bill Murray et « Ghostbusters »…

vendredi 30 octobre 2009

Sur une échelle de nullité

Je suis pas trop génial quand vient le temps d’être émotif. N’importe qui me connaissant ou ayant perdu trois minutes de sa vie sur le site peut le confirmer. Je suis parfois aussi profond et spirituel qu’un bol de jello. Je suis aussi tendre et attentionné qu’un examen gynécologique. Je suis une terrible épaule sur laquelle pleurer et j’ai toujours cet petit air idiot sur le visage qui fait dire aux gens « Non mais est-ce qu’il se fout de ma gueule? ». Je sais pas comment réconforter mon prochain et dire à une personne que je l’aime me paraît aussi évident que de faire un marathon à poil au Pôle Nord.

Au fond au de mon fond, je suis pas réellement une méchant type; mais mon mauvais karma me rattrape et je sais plus où me cacher pour lui échapper. Est-ce que je suis un conjoint idéal? Quelle blague! Je suis la paresse incarnée et la nonchalance à l’état pur. Vous savez, je suis le genre « Hey! J’ai une copine. Maintenant, je peux devenir gros, cesser de lui démontrer de l’intérêt et comme on a eu des bébés, elle aura pas le choix d’endurer mes conneries pour les 127 années à venir ».

Je crois que les gars sont prédisposés par la nature à être des cons. On pourrait nous pendre un truc au bout du nez et il nous faudrait une carte terrestre pour le trouver. J’ai été aveugle de A à Z. Pire que Lazare – c’est lui l’aveugle dans la bible ou non? –. Mon obsession des dernières années a été de réussir ma carrière. Ça me semblait le truc le plus important et noble au monde. Raisonnement du parfait connard du 21e siècle? Si j’ai de l’argent, je vais pouvoir être heureux. All you need is love mon cul les Beatles.

- Steve b : au nom de ton cœur, de ton cerveau, de ta conscience et de tous les organes qui constituent ton corps, nous voulons te dire à l’unissons à quel point tu es stupide, que tu as perdu notre respect et que tu ne mérites aucune femme. Tu connais l’expression « creuser son propre trou »? Toi, t’as creusé une piscine olympique!

Je sais, je sais.

Madame n’a jamais été la plus grande fan de mon travail. Ça m’a souvent emmerdé mais en même temps, comment ne pas la comprendre? Vous sauteriez de joie que votre conjoint publie sans arrêt des trucs archi-humiliants dans lesquels il se fait toujours passer pour plus stupide qu’il est? Des écrits qui vous font dire « Merde! Je voudrais pas être la pauvre qui a le malheur de partager son lit ».

Ouais, j’ai merdé sur tellement de points. Mais bon. Je suis encore passablement jeune, n’est-ce pas? Ça serait facile de partir à la chasse. Le hic, c’est que j’ai une phobie des MTS et des filles qui ont déjà eu une phase « Ah, moi je trouve ça tellement cool la bisexualité! ».
Non; c’est pas la vraie raison. Mais entre nous, ça paraît bien et c'est plutôt drôle... non?

mardi 27 octobre 2009

L'ennui est intolérable

Comme je suis ce qu’on peut amicalement appeler un « bullshiter », j’aime bien placer des citations ici et là. Confidence sous l’oreiller : la plupart du temps, je fais comme si elles étaient de moi. J’me sens bien, important et utile.

Deuxième confidence sous l’oreiller : j’ai déjà réussi à coucher avec une fille en lui citant du Iggy Pop. Elle était saoule. Pas moi. Elle s’en est voulue. J’ai été fier de tout raconter à mes copains. Elle m’a jamais rappelé. Je lui avais donné un faux numéro.

J’me sens intelligent et tout quand je cite. Le snobisme à l’état pur. J’ai longtemps été celui qui ne regarde que des films qui ont été primés à Cannes. Je suis heureux de m'être construit une bonne culture cinématographique car maintenant, ce ne sont que les films pornos mal traduits qui m’intéressent.

Cet avant-midi, j’avais une tonne de choses à régler. Les responsabilités normales d’adultes. Alors j’ai décidé de passer tout le temps que j’avais devant moi sur internet à la recherche de citations pour impressionner toutes ces personnes qui me visitent de moins en moins. Prenant des notes dans mon calepin que je devrais intituler « Je suis une merde qui s’assure… mais ça fait toujours de moi une merde », je suis tombé sur une citation de George Sander. Le petit vieux a dit « L’ennui est intolérable ».

L’ennui est intolérable. L’ennui est intolérable.

Je sais pas si t’es mort mon Georgie, mais si je te croise un jour – faudrait de un que je sorte de chez moi –, je pense que je vais devoir m’excuser pour l’ensemble de l’œuvre de ma vie. Tu dois – ou devait – être le genre de type ésotérique, beau parleur, psycho pop à trois sous qui dit à une fille que tu prends la vie un jour à la fois question de l’impressionner et de l’emmener lutter dans ton lit. C’est ça, hein?

Ah! Je sais pas pour toi Georgie, mais moi, je m’ennuie de plus être ce type…

Tintin est gai et je suis stupide

Hier soir, j’me suis engueulé avec un ami sur l’orientation sexuelle de Tintin. Sans farce. Mon copain – je sais même pas si je peux encore l’appeler ainsi – est obsédé par Tintin. C’est un pur et dur. Je l’admire parce que moi, rien me passionne. Je suis aussi excitant qu’un rouleau de papier de toilette vide qu’on lance à côté de la poubelle. Une journée, je qualifie un réalisateur de films de « génie » et le lendemain, je joue au troll sur internet pour me moquer de ceux qui l’admirent sur des sites de clavardage fréquentés par des ados de dix-sept ans.

Enfin. Alors on est au téléphone et on parle de mon sujet favori au monde : moi. Et qu’est-ce qu’il fait mon salaud d’ami? Il change de sujet. Pauvre con! Je monologuais sur ma crainte des nains et des chiffres pairs – on interrompt jamais quelqu’un qui divulgue sa crainte des nains et des chiffres pairs – lorsqu’il me coupe avec une petite phrase qui a sans doute mise fin à notre amitié.

- Tu savais que Spielberg et Peter Jackson vont réaliser des Tintin.
- Ouais.

Je le savais pas.

- Tu le savais que Tintin est gai?
- Quoi?

Il le savait pas.

- Écoute : analyse Tintin une seconde. De un, c’est un jeune androgyne blond qui porte des pantalons bouffants. Moi ça me sonne une petite cloche. Y habite avec un marin à la retraite – tu me vois venir – et regarde ses amis : deux détectives inséparables et une diva d'opéra. Oh! Et j’ai pas fini, j’te réserve une belle finale. Pourquoi Tintin, malgré toutes ses aventures et les missions dangereuses, a jamais pris une ride? C'est parce qu'il s'hydrate la peau! C’est super songé. Y a aucune homophobie là-dedans ; juste des faits.

Morale de cette histoire? Ne jamais interrompre vos amis lorsqu’ils parlent des choses qu’ils aiment.

Morale sous-maîtresse de cette histoire? Je suis un ami pitoyable et lorsque je vais mourir, je vais battre un record mondial des funérailles les moins achalandées de l’histoire…

lundi 5 octobre 2009

Comment une mouche dans mon cul et Iron Maiden ont pu gâcher ma journée

Je suis monsieur bonnes intentions. Moi, je suis l’alcoolique et le batteur de femmes qui se réveille chaque journée à midi en se promettant devant une grosse bière tablette que c’est aujourd’hui, le jour d des jours d, qu’il va se métamorphoser en type bien. Malheureusement, comme mon alter ego invisible, je suis celui qui se dit qu’un régime ne se commence pas un mercredi. Je suis celui qui doit de l’argent à toutes les bibliothèques de la ville. Je suis celui qui emprunte une tonne de sous à sa mère en lui disant que c’est la dernière fois… tout en ne lui ayant pas remboursé les sept derniers chèques. En gros, je suis celui qu’on ne veut pas comme fils, ami, époux, père, voisin, gendre, neveu, connaissance et employé.

Ah! C’est bon d’être moi!

Ce matin, j’ai décidé de mettre mes priorités aux bonnes places. Fini de m’en faire avec le hockey, les Star Wars, les saletés en dessous des touches du clavier de mon ordi et le fait que Noel Gallagher ait quitté Oasis. Je vais assumer le fait que j’ai pratiquement trente ans. Hey : je pourrais même envisager de voter un jour. Paraît que c’est une sensation agréable. Ce matin, j’ai décidé que j’allais être un bûcheron de l’écriture. J’allais taper et taper sans relâche. Megan Fox se pointerait chez moi, les cheveux mouillés et détachés, en ayant attrapé cette terrible maladie qu’est la nymphomanie et elle exigerait que mon micro-pénis la guérisse? Désolé ma chérie : aujourd’hui, tonton Steve b bosse. Mon pénis n’aura qu’une fonction en ce lundi grandiose : celle d’uriner avec le peu de précision qu’on lui connaît.

Première gaffe? Bouffer une pointe de pizza à 10:13 am qui traînait sur le comptoir. J’ai tenté de me contrôler mais je vous jure ; la salope me parlait.

- Mange moi Steve.
- Je peux pas. C’est le matin.
- Le matin! Qu’est-ce qui t’arrive? T’es devenu une lopette?
- Personne… personne me traite de lopette!

Avec mon haleine matinale de peperoni – je remarque que ce dernier mot n’est pas dans mon dictionnaire word –, je décide de couper internet et le son de ma radio. La raison est plus que justifiable : j’me trimballe une capacité de concentration nulle à chier. C’est juste pas croyable. Une feuille qui tombe d’un arbre peut me faire décrocher du boulot et me troubler. Recevoir un coup de fil m’excite à un point tel que je dois me taper un verre de vin pour me calmer et reprendre le travail… mais comme mes verres chez moi sont très grands, j’me tape toujours une longue sieste avant de me remettre à la tâche.

Sans farce : internet est le pire fléau de ce siècle. Je perds un nombre incalculable d’heures sur le web que c’en est pathétique. Dernièrement, j’ai réalisé qu’on pouvait cacher l’historique de nos navigations. Merde! Personne aurait pu m’en glisser un mot avant? Ça m’aurait évité une tonne d’engueulades de couple. Je peux toujours m’encourager en me disant qu’au moins, je perds pas mes après-midi avec Mafia Wars sur facebook…

Donc, adios interneto pour aujourd’hui. Je dis également un bye empreint de nostalgie aux lignes ouvertes radiophoniques. J’adore ça! Les gens sont tellement cons que si c’est vrai que la fin du monde approche, je crois qu’on l’aura juste mérité. Je suis aussi en amour avec ceux qui se plaignent qu’il y a trop d’Européens chez le CH… et qui ne jurent que par Ovechkin, Malkin et Chara. Là, je viens de perdre le peu de lectorat féminin qui est tombé sur mon blog par erreur.

Prêt à bosser, je m’installe devant mon ordi, motivé à pondre la plus géniale merde de ma vie. J’ai soif. L’internet me manque. Et si une guerre avait éclatée et que les Coréens débarquaient chez moi? J’aurais eu le temps de me cacher grâce au web. Je rebranche ma connexion et vais faire un tour rapide sur mes quarante-neuf sites favoris. Bon, c’est le temps de passer aux choses sérieuses. Après mon prochain pipi. J’me demande si mon courrier est arrivé. Pas de lettres? Hum, je vais y retourner tantôt. Prêt à bosser. L’internet me manque. Et si Bob Gainey avait procédé à une transaction? Et si un club était déménagé à Québec? Je serais le dernier idiot à le savoir! Je rebranche ma connexion, vais faire un tour rapide sur mes quarante-neuf sites favoris et je reprends le boulot. J’ai oublié de me brosser les dents. Me fixant dans le miroir, je prends une grande décision : celle de me faire pousser la barbe. Ça cachera mes trente-sept mentons. De retour devant mon écran. J’aimerais regarder la télé. J’aimerais faire des commentaires sarcastiques devant un feu d’artifices en mangeant un pogo… à condition que ça soit marqué pogo sur le bâton. J’aimerais me coucher sur le sol, lancer une balle au plafond et me demander si je connais les cinquante états américains. J’aimerais que la perte de mon pucelage ait été plus géniale.

Et c’est là qu’un truc se produit : une mouche me chatouille le cul. Pas par-dessus mes jeans ou mes boxeurs ; mais à l’endroit même où il ne fait jamais clair. Malgré l’expansion effrayante de mon postérieur, j’me charrie plutôt une petite taille. Conclusion de la chose? Des jeans qui ne me font jamais, une craque permanente de plombier et une copine qui déteste lorsque j’attache mes lacets en public. Je chasse la mouche de mon arrière-train. Mais la pute n’a pas dit son dernier mot. Elle en veut plus. Elle veut ma peau. Elle veut Steve b.

J’me rends compte que je pue. C’est peut-être ça qui l’attire? Après une douche, du déo et des nouveaux vêtements, je reviens à l’ordi. Je suis un nouvel homme. Un esprit malsain dans un corps malsain… mais propre. Mais la garce revient! Sur mes doigts, mes oreilles, mes coudes innocents qui n’ont jamais fait de mal à personne. Je vais chercher le bottin téléphonique pour l’écraser mais comme j’habite à Sherbrooke, les dommages seront minimes. J’ouvre la fenêtre. Mais quel con! Une deuxième arrive. Je prends un dictionnaire et remarque que l’une d’elles traîne sur ma bibliothèque de disques. Elle se repose sur un cd d’Iron Maiden. Fear of the dark pour être précis et geek. Comme j’ai la dextérité d’un paraplégique, elle s’enfuit en voyant mes longs doigts efféminés. Et je réalise une chose : ça fait longtemps que j’me suis pas tapé du Maiden. Je met le disque et fais ce que n’importe quel homme normal de mon âge ferait : du air guitar au milieu de mon salon. Mes rideaux sont ouverts? J’habite devant une résidence pour personnes âgées? Rien à foutre. Je suis guitariste d’Iron Maiden. Ils me laissent même faire des back vocales! Vous parlez d’un groupe cool…

Au moment d’écrire ces lignes, le temps a passé, les deux mouches cherchent encore la confrontation, j’ai rebranché une quinzaine de fois ma connexion internet, rien de majeur sur la planète ne s’est déroulé, je suis retourné à la poste trois fois, ai uriné souvent et mangé des chips en écoutant les lignes ouvertes.

Moi, c’est ce que j’appelle une sacrée belle journée productive…

jeudi 1 octobre 2009

Quand personne ne veut vous retrouver à des retrouvailles

Ok, ok, je l’avoue : j’ai une fichue obsession sur la notion des retrouvailles des dix ans de fin secondaire. J’me suis tapé tous les films sur le sujet – ah, les nombreuses heures perdues que j’aurais sans doute perdues à convaincre ma conjointe de jouer avec mon pénis – et j’ai même pondu un horrible synopsis de série télé qui tourne autour de ça. Qu’est-ce que ça raconte? Vous pensez que je pourrais être assez stupide pour balancer ça et ainsi, me faire piquer mon idée par l’une des trois personnes qui lit mon blog?

Je suis sans doute assez arriéré pour le faire.

Samedi dernier, j’ai célébré à mon ancienne école le fait que j’ai doublé de poids depuis la fin de mon secondaire. Autant que le sujet me fascine ; autant que j’y allais de reculons avec le nez bouché. Quand j’y pense rien qu’une microseconde, c’était loin d’être des années dorées : les filles voulaient pas coucher avec moi, les gars populaires me détestaient, les filles moches voulaient coucher avec moi et les rejets m’adoraient. Wonder years mon cul. Et je parle même pas de la voix qui mue pendant les exposées oraux, l’acné qui vous rapproche de l’homme éléphant, les cheveux gras, les gâteaux Vachon, les cours de catéchèse et les urinoirs collés… qui, malheureusement, vous permettent de constater que Dieu a donné des qualités à d’autres et que parfois, on aimerait mieux qu’il nous ai donné autre chose qu’une belle personnalité.

Alors j’me rends aux retrouvailles avec l’excitation des funérailles. Qu’est-ce qui m’attend? Bon sang : à quoi ça peut ressembler? On va me péter la gueule? Les treize plus belles filles vont me réserver une surprise en me proposant un trip à quatorze? On va baisser mon pantalon et se demander comment j’ai pu faire des enfants avec ça? Un discours visant à me féliciter sur le fait que je suis constamment fauché? Des demandes incessantes d’autographes? J’me suis définitivement trop tapé de films pour adolescentes. Lorsque je suis arrivé, j’ai approché un type qui me disait rien et je lui ai posé une question primordiale. Vous savez, LA question…

- Excuse-moi. Le kiosque à bières est où?
- Au fond de la salle. Heille Steve! T’as pris du poids.

Ça commence à merveille. Je peux rentrer à la maison et regarder un film porno sur Super Écran? Y a grosso modo cent cinquante-trois personnes qui me séparent du breuvage qui a fait en sorte que j’me suis parfois réveillé au côté de filles que je détestais. Alors je m’y rends de la façon la plus classe possible : en regardant par terre et en évitant tout contact visuel. Ce qui m’intéresse, c’est avaler rapidement de l’alcool de mauvaise qualité. Ça serait encore mieux avec une paille.

- Alors pourquoi t’as pas bu tout seul chez toi?

Ah, ta gueule la conscience!

J’ai commencé à parler ici et là. Rien de tragique, rien de formidable. J’ai bu, suis devenu plus sympathique, ai eu constamment envie de pisser et j’ai réalisé une chose : rien change avec le temps. Ouais, je suis plus moche, mon visage se cache derrière une barbe et mon cul s’affirme comme un pays indépendant ; mais je suis aussi con qu’à l’époque et les seuls gens qui m’intéressent, ce sont les autres cons. J’aime les saoulons, ceux qui portent la moustache et qui répondent « Rien » lorsqu’on leur demande ce qu’ils font de leur vie. C’est une bataille constante, mais je tente d’être le plus vrai possible. Si quelqu’un m’emmerde, j’irais pas lui parler de la météo juste pour me dire que c’est moins embarrassant que le silence. J’ai pas salué les gens que je détestais lorsque j’étais ado et ils ont fait la même chose. C’est le cours des choses. J’ai retrouvé la bande de gars que j’avais pas vus depuis une décennie. On a laissé tomber les conversations d’adulte et on a parlé des mêmes conneries qu’à l’époque. Ça va. Dans la boîte de souvenirs, j’ai même écris que j’me touche le petit soldat en pensant à mon ancienne prof de religion. Si j’me fis aux années, elle doit approcher les quatre cent vingt-neuf livres. J’ai laissé mon numéro de téléphone… toujours pas de retour d’appel. Salope!

Généralement parlant, ce fut décevant, satisfaisant, ennuyant et quasiment réconfortant. Le temps avance mais on reste tous un peu fixé à une même époque. Et merci Rémy de me dire que je devrais passer plus de temps sur mon blog…

mercredi 30 septembre 2009

Je suis un meurtrier un dimanche

Pour une raison qui m’échappe, je suis une personne hyper haineuse. J’admire les gens zen mais en même temps, ils me font tellement chier que si l’occasion se pointait, c’est avec grand plaisir que je leur administrerais une raclée. Je m’engueule à un point tel dans une semaine qu’il n’y a qu’une mort qui m’attend : seule, longue et emmerdante. On m’appelle tellement peu que je pourrais débrancher ma ligne téléphonique et ça ne changerait strictement rien.

Est-ce que tout ça me va? Grosso modo, ouais. J’en tire pas une fierté de vouloir casser la gueule au reste de la planète et de traiter de gros porcs impuissants tous ceux qui me dépassent en voiture sans mettre de clignotant ; mais je suis incapable de respirer le même air que ceux qui me manquent de respect. Ce qui a de plutôt drôle, c’est que les innombrables personnes qui peuvent pas me sentir pourraient dire la même chose de moi.

Et puis, l’autre nuit, j’ai fait un rêve merveilleux. C’était si doux que j’me croyais dans une comédie musicale à la con. Je faisais une fête chez moi – ça n’arrivera jamais mais bon, mon cerveau déconne dans mon sommeil – et il y avait un nain qui voulait coucher avec ma copine. Comme je suis un type jaloux et que je crains la compétition autant que les boutons puants sur mon pénis, je vais voir mon ami qui est aussi grand que ma cafetière et je lui dis d’arrêter. J’me la joue un peu arrogant car j’me sens grand. Il me répond d’aller me faire foutre et va se chercher une Guinness dans mon frigo. Ok : tu veux faire de la lutte à poil avec ma femme? Je peux jongler avec ça. Mais tu me piques pas ma Guinness tête de nœud. T’as vu comment ça coûte?

Je vais au frigo, j’enlève le sac de pommes dans le compartiment des fruits et j’y place mon nain obsédé. Je ferme la porte et retourne à la fête. Y a des chips, quatre personnes… on se remet pas d’une soirée aussi intense. C’est le genre de truc qui traverse les âges. On arrive à la nuit. J’me réveille et comme mon cul s’expansionne de jour en jour, je retourne au frigo pour manger le repas que ma copine s’est préparé pour le lendemain. Vous me voyez venir un kilomètre à la ronde : mon nain est frigorifié! Fini les petites joues rouges. Au lieu de paniquer, je mange comme prévu, je vais aux toilettes sans regarder le miroir – fichue phobie d’y voir Bloody Mary – et je retourne au lit.

J’me suis réveillé, essuyé la bave sur ma bouche, touché subtilement le sein à ma conjointe – pour ceux que ça intéresse, elle en a deux – et j’me suis fait une séance de gymnastique mentale. Pourquoi on ne tue pas son prochain? D’accord : y a des raisons à la tonne. La prison, la culpabilité, la chrétienté, le fait de devoir envoyer nos vêtements maculés de sang chez un nettoyeur, etc. Imaginons un monde dans lequel le meurtre est permis. Certes ; on m’aurait fait la peau depuis un siècle mais quand j’y pense rien qu’un peu, la planète serait déserte trois semaines plus tard.

Et si on m’accordait le droit d’un meurtre, je crois vraiment que j’y prendrais goût et que je deviendrais pratiquement illico un assassin du dimanche…

samedi 2 mai 2009

Prêt, pas prêt, j'y vais


Vous voulez savoir quel genre d’homme que je suis? Malgré mon âge, à chaque fois que la température arrive au point où mes testicules se rétrécissent, la pulsion irrésistible de coller ma langue contre un poteau gelé vient toujours me hanter. Quoi d’autre? Oh ouais. En secondaire trois, pour prouver à un de mes amis que mon machin truc flexible était plus impoçsant que le sien, je l’ai mesuré avec une règle de bois et ma mère m’a surpris. Un jour, j’étais dans un resto quelconque et Rémy Girard se trouvait à une table pas trop loin de la nôtre. Pour impressionner mes soi-disant amis arriérés, j’me suis mis à crier Rémy et me cachant la tête illico après. Je peux juste rajouter pour les archives historiques que j’ai le privilège assez rare – enfin, je crois – de m’être fait poliment dire de mettre un nœud à mes cordes vocales par l’un de nos excellents comédiens.

Ouais. Malgré toutes les chandelles qui s’entassent sur mon gâteau de vie, les livres supposément intelligent absorbés, un diplôme inutile et ma phobie profonde des effets négatifs que pourraient entraîner sur mon cerveau le seul joint que j’ai fumé, j’me révèle aussi intelligent qu’une baleine euthanasiée et aplatie sur l’autoroute. Dites-moi que je suis pas game de faire quoi que ce soit. Essayez. Mon minuscule cerveau et moi, après vous avoir insulté à voix très basse, allons enfiler notre cape de super connard certifié et allons plonger tête première vers le désastre le plus proche.

Je sais juste pas si j’me veux normal comme adulte. Au moment d’écrire cette chronique, pleins de trucs cons à accomplir m’ont fracassé le crâne en milliards de miettes. Des défis lancés par des copains imaginaires pour impressionner un public imaginaire et redorer un amour-propre qui me semble de plus en plus imaginaire. Donc, hier soir, une fois le bébé au lit et ma conjointe lisant un livre qui me semblait terriblement ennuyant, j’me suis téléporté à la salle de bain. Et pour y faire quoi peut-être? Me tripoter le petit soldat devant le nouveau catalogue Sears qu’on a reçu cette semaine? Même pas. J’ai fermé les lumières, placé mon corps qui grossit constamment devant le miroir et de ma voix de garçon qui a refusé de muer, j’ai appelé cette fille pas trop gentille qu’est Bloody Mary. Ouais. Faites-le treize fois, et il parait que la chérie va venir vous faire un gentil coucou plein de sang. Pour être honnête et tout le tralala que ça entraîne, le courage a déserté le champ de bataille qu’est mon cerveau d’estropié après trois Bloody Mary.

Stupide Steve b.

Après, j’ai sorti mon jeu de Ouïja, j’me suis calé un verre de lait 2% question de me donner une véritable dose de courage et je lui ai demandé au petit vieux à quel âge j’allais me retrouver dans un cercueil. Il m’a répondu quarante-sept ans. Hum. C’est moyennement ce que je voulais entendre. Je l’ai refait et là, on m’a donné un sursaut. Et oui, on a prolongé mon existence de papa jusqu’à soixante-trois chandelles. Mais que croire? Mon lait m’a-t-il saoulé à ce point? Et pour terminer cette charmante soirée familiale, je suis tombé sur Massacre à la tronçonneuse, l’originale el cheapo des années soixante-dix sur Scream Television. Choix de réponse A) Je l’ai terminé et j’en ai redemandé plus? Choix de réponse INCROYABLEMENT PLUS CRÉDIBLE B) Je suis allé voir ce qui se passait de bon avec cet épisode des « Simpsons » que j’ai vu au moins trois cent vingt sept fois?

Vous voulez savoir, avant de mettre un point final à cette chronique, le plus triste dans cette histoire banale? C’est que je regrette tous mes défis accomplis. Depuis quelques nuits, même si j’me charrie une envie titanesque de pisser, j’ose même plus bouger du lit. Peut-être que Bloody Mary attend dans mon miroir. Et Ouïja, lui? Est-ce qu’il squatte mon salon maintenant?

Merde. En ce moment solennellement précis, l’envie de déménager me tente pas à peu près.

La politesse et tout


J’me rappelle pas trop ce qu’on a pu m’enseigner dans la vie. C’est vrai : tout ce qui date avant les « Simpsons », je l’ai oublié. Directement dans le broyeur de ma mémoire. C’est comme si j’étais né lors du premier épisode des « Simpsons » et que chaque nouvelle saison correspondait à une nouvelle année de ma vie.

Y a des trucs qui me hanteront à vie. J’me souviens du carré de sable en maternel ; d’une grosse rouquine en première année qui me voulait et qui me répugnait – et m’effrayait, je dois l’avouer – ; d’avoir dit à ma mère que mon père avait recommencé à fumer et que mon paternel m’en veuille pendant des semaines ; d’avoir embrasser avec la langue à dix ans une fille qui en avait six – j’me trouve encore dégueulasse – ; d’avoir eu la diarrhée dans mon pantalon au sommet du mont Orford et d’avoir fait passer la mauvaise odeur sur un plus rejet que moi et d’avoir fait l’amour la première de ma vie devant le film « Vampires vous avez dit vampires »… pas durant tout le film, disons plus le moment où Charlie entre dans sa voiture, la démarre… et c’est tout.

J’me rappelle plus du tout qui m’a enseigné la politesse. Mes parents? Mes professeurs? Le gros lard qui me bottait l’arrière-train au primaire? Fort possible. Même si l’origine de son obsession m’échappe, y a pas une journée qui passe sans que j’y pense. Bon sang. Malgré ma misanthropie grandissante, je fais toujours tout ce qui a en mon pouvoir pour être un gentil garçon poli et tout. Je dis sans faute « à tes souhaits » à une personne qui éternue ; je suis courtois en voiture ; je n’oublie jamais de mettre mon clignotant ; je tiens la porte aux gens – plus aux femmes ayant une grosse poitrine pour être honnête – et je dis même « merci » aux policiers lorsque je reçois une contravention. Le tout, avec un sourire qui n’est pas même pas sarcastique.

Mais pour une raison qui échappe à mon minuscule et peu développé cerveau, les gens mettent leur politesse dans un placard cadenassé lorsqu’ils tombent sur moi. C’est peut-être ma coupe de cheveux qui fait en sorte que je semble avoir joué dans « The 70s show » ou le fait qu’il arrive à ma voix d’encore muer. Je sais pas. Mais je blague pas quand j’affirme ceci : lorsque j’éternue et qu’une personne ne me dit pas « à tes souhaits », un rage de guérilla se prend de moi et j’éprouve une envie hitlérienne de la frapper. Souhaite-moi quelque chose, merde! N’importe quoi de bien, ça va me faire hyper plaisir. Quand je laisse passer une autre voiture devant moi et que le gros con à la Civic qui jette sa cigarette à la rue – qui les ramasse en passant? – se donne même pas la peine de me faire un signe de main, l’envie de m’acheter un Hummer et de l’écraser se prend de moi.

L’autre jour, j’en ai eu juste assez. Je t’emmerde, politesse. Je t’emmerde, clignotant au volant. Je t’emmerde, porte tenue et je t’emmerde, éternuement. Je peux vous avouer une chose? Ma révolte contre la politesse a même pas durée une fichue heure. Je suis incapable de me la jouer bête et glacial. Est-ce un signe de faiblesse? Je l’ai longtemps cru. Mais ma stupidité légendaire et moi avons réalisé une chose : être rude et impoli avec les gens ne démontrent pas une force de caractère. Cela fait juste prouver que tu es une merde, que tu es incapable de prendre sur toi et que tu mérites de te faire traiter comme une merde chimique. J’ai souvent traité des gens comme de la merde. Mais je tente de me sentir mieux en me disant que je les envoyer chier poliment…

Je suis un révérend


Dieu, Allah, Bouddha, Krishna et tous les autres petits pères, je les connais pas trop. Ça me dit rien. Mais bon. En typique catholique très peu pratiquant qui aime prendre un verre à noël, j’me garde tout de même une légère porte ouverte et grinçante envers la religion. Ce que veux dire par là, c’est que si Dieu existe et qu’il me trouve chouette et tout, tant mieux. On jouera ensemble au ping-pong les vendredis quand j’me retrouverai au paradis. Mais si le petit père barbu se révèle une invention, ben merde. Faut faire avec.

Je suppose que je suis comme Thomas. Et je parle pas d’Edison. Ni de Plekanec.

Avec mon bagage catholique et tout le tralala que ça entraîne, plein de trucs me font peur. Pour moi, le purgatoire, l’enfer, me faire sodomiser éternellement par des acteurs porno et la damnation sont des concepts qui me trottent en tête chaque fois que je fais des conneries. Bon sang. C’est archi-con, car je semble tout faire depuis que je suis au monde pour pas me retrouver sur un nuage à jouer Stairway To Heaven avec une harpe désaccordée. On parle quand même d’un type qui a pondu deux bébés hors mariage, qui s’est saoulé à onze ans, qui s’est fait arrêter quelques fois pour des stupidités de jeunesse, qui s’est retrouvé à la télé pour vandalisme et qui a voué un culte à Iron Maiden dans ce qui me semble déjà une ancienne vie.

Ouais. Dieu et son fiston – vous savez, celui qui, étrangement, est né en l’an zéro et qui a habité quelque temps à Jérusalem – doivent pas être trop fiers de ma petite personne. Mais j’me suis racheté dimanche dernier. Et pas à peu près. Je suis devenu révérend. C’est même pas des blagues. Je suis tombé sur un site où l’on peut se faire ordonner en ligne. Et voilà, en un seul clic. Steve b, sous l’Église de la nouvelle vie, peut vous marier et baptiser vos petits nains sous les pouvoirs de ministre indépendant que m’accordent mon église.

Le plus beau dans toute l’histoire? C’est que maintenant, je vais être beaucoup plus respecté que je l’étais. Han, han. C’est le révérend Larsen qui me l’a écrit. Merde. Et moi le con certifié qui bûchait pour devenir auteur. Quelle farce. Tout ce qui me fallait, c’était un clic.

Elle est pas bien faite la vie?

1er chapitre d'un roman qui a subit une fausse-couche

Quand je commence un truc, en général, je le termine pas. Trop occupé? Trop populaire? Pas du tout. Je regarde trop la télé et y a trop de porno sur le web. Et on parle même pas du hockey qui recommence cette semaine et des trois heures de "Simpsons" que j'me tape par jour. Après avoir publié mon premier roman, j'étais hyper motivé. Hey! Le monde m'appartenait. J'allais remporter une tonne de prix. Les maisons d'éditions allaient se battre pour me signer. Mais quel con j'étais! Certes, ma mère a bien aimé mon roman ; mais c'est une personne infiniment gentille. J'ai passé un bon moment sur la rédaction d'un roman qui se nommait "Autobiographie d'un stupide inconnu". Je croyais réellement le terminer mais je fus occupé à faire l'amour une fois, mettre ma conjointe enceinte, tenter de fabriquer une machine à voyager dans le temps pour me convaincre de mettre un condom et boire beaucoup de bières pour oublier le fait que je suis trop cave pour fabriquer quoi que ce soit. Lorsque les Canadiens de Montréal déménageront, que mes filles seront majeures et qu'il n'y aura plus aucun site web porno, je terminerai ce roman...

CHAPITRE UN
CHRONIQUE DE L’HALLOWEEN 95 ET D’UNE MORT ANNONCÉE


L’autre jour, j’écoutais un truc à la télé – j’me rappelle plus trop quoi – et quelques vieux bonhommes discutaient sur ces moments inoubliablement dorés que sont l’adolescence. Ça drôlement piqué mon attention. J’me suis tout de suite dis qu’ils avaient sans doute eu la chance d’être congelés durant leurs années de puberté pour avoir le culot d’affirmer une chose de la sorte. Même si on m’accordait quelques siècles et un budget illimité pour réfléchir à la question, je pourrais pas voir ce qui a de pire d’être un ado. Ça constitue un miracle en tant que tel que de s’en sortir vivant. Un peu mélodramatique comme discours, non? Un peu. Mais on est tellement heureux d’en terminer avec cette sale besogne qu’on doit seulement repenser aux quelques moments chouettes qui s’y rattachent une fois vieux comme les bonhommes de la télé je suppose. J’en suis pas encore assez détaché pour voir la chose de cet angle là.

Quand on est à pieds joints dedans, je jure qui a rien de doré. C’est charbonné et épineux plutôt. On est plus un enfant mais pas encore un adulte ; on nous traite avec le Q.I d’un enfant et on exige de nous qu’on agisse avec le cerveau d’Einstein. On se sent archi-coupable et on se fait traiter d’idiot de s’amuser avec ces trucs qui nous divertissaient quelques années avant mais tout ce qui peut s’avérer cool – du genre, la terre promise de l’excitation – nous glisse encore sous les doigts, faute d’âge. Et ça s’arrête pas là. Tu t’intéresses pas aux filles, alors t’es un homo ; t’en veux une mais c’est automatique qu’elle veut pas de toi. Tu veux un travail mais t’as pas d’expériences ; tu veux des expériences mais on te rappelle que t’as jamais eu de travail.

Etc. et etc.

Mais ce qui a vraiment de pire d’être un ado, c’est savoir qu’on fait partie d’un cercle qui contient d’autres ados et que l’intelligence est pas un repas qu’on retrouve toujours au menu. Sans oublier la gentillesse et cette chose qu’on nomme l’ouverture d’esprit. J’me rappelle de quelques gentils messieurs qui avaient eu cette délicate attention de me trouver un surnom amical. Vomi-Charlie. Ouais, pas si mal pour des gars quasi-illettrés. Il faut dire que l’astuce d’un surnom efficace est qu’il doit rimer et comme j’avais dégueulé en classe de math en secondaire 1 sur mon cahier d’algèbres, ça avait pas pris trop de temps avant qu’un génie le déniche.

Et en cet halloween 1995, j’éprouvais cette désagréable et moche impression que c’était pas sur le point de s’améliorer. Pourquoi? Parce qu’au lieu d’être déguisé en Darth Vader pour me rendre à l’école, c’est en costume très viril de fée des dents que je devais m’y rendre. Quand j’ai exigé des explications à mon père, j’ai tout de suite compris que la journée allait se montrer terrible sur toute la ligne et que je vivais – sans trop le savoir au moment – la dernière halloween de ma vie.

- Mam est encore au travail?
- Ouais. Elle se tape cette charmante invention que sont les heures supplémentaires. Ça semble ben cool à première vue de te dire que le salaire augmente, mais c’est une bonne excuse pour te faire avoir solide avec l’impôt.
- Ok … je vais tâcher de m’en rappeler.
- Je sais pas pourquoi je continue à m’abonner au journal. Ça fait juste me déprimer pis on dirait que j’haïs encore plus le monde.

Wow! Comme si c’était possible. Faut pas qui se demande pourquoi il a eu l’impression toute sa vie qu’on était gênés de lui parler.

- Écoute pa … je veux vraiment pas te déranger mais t’aurais pas vu mon costume de Darth Vader par hasard? Je le trouve pas.
- C’est normal. Je l’ai jeté.
- Quoi? Mais pourquoi?
- T’es rendu assez vieux pour ça me semble.
- Trop vieux? Mais j’ai juste … juste …
- Ouais, 15 ans. C’est pas si grave si tu vas pas à l’école déguisé. Pis dis-toi que ça peut juste t’aider à perdre ton pucelage ça.

Sûr que c’était pas si grave. Mais comme ma mère avait cette fâcheuse habitude de me préparer constamment des lunchs végétariens que je détestais et qu’un costume vous procurait une pointe de pizza gratuite à la cafétéria de l’école, j’étais prêt à décorer mon ossature avec n’importe quel truc que n’importe quel type normal refuserait. C’est exactement ce que j’ai fait.

Tombant sur un costume de fée des dents au sous-sol – j’me suis pas tout de suite posé la question à savoir ce qu’on pouvait faire avec ça –, j’ai pris la décision de mettre mon cerveau au frigo, de l’enfiler et de prendre le bus sans trop envisager les conséquences. Il paraît que c’est typique des hommes de ma famille ça ; d’agir sans réfléchir. Ah bon.

Quand je suis arrivé dans le bus, j’ai saisi pourquoi je serais sans doute jamais compris comme personne. Allez donc leur expliquer que votre père veut que vos deveniez un homme avant le temps et que vous voulez tellement un bout de pizza froide que vous êtes prêt à dire adieu à votre amour-propre! Mais par chance – et car j’étais rejet et que presque personne m’aimait –, le banc derrière notre idiot de chauffeur m’était réservé. Donc pas besoin de parader bien longtemps. J’me devais tout de même de fournir quelques explications à David et Kim, respectivement en Hans Solo et en R2D2.

- Désolé les gars.
- C’est quoi ça?
- Je suis la fée des dents.
- La fée des … mais pourquoi tu nous as fait ça? On a l’air cons sans Darth Vader.
- On a toujours l’air cons de toute façon. Et je suis pas mal sûr que là, je possède une longueur d’avance sur vous autres.
- C’est poche. On peut même pas faire croire que t’es la princesse Leia.
- Ouais. Mon père considère que je suis rendu trop vieux pour passer l’halloween. C’est le seul costume que j’ai trouvé.
- Trop vieux? C’est n’importe quoi! On a juste … juste …
- Ouais, 15 ans.

Vrai qu’on était peut-être rendus trop vieux pour ça. Quand je racontais qui a rien de facile d’être ado, je crois pas que j’exagérais. C’est un combat perpétuel qui vous tenaille les tripes.

- Mais tu passes encore l’halloween avec nous autres ce soir Charlie?
- Ouais, c’est sûr. De toute façon, c’est mon père le premier qui va être excité de piquer mes bonbons.

Ils s’en rendent peut-être pas souvent compte, mais ils occupent une place drôlement importante dans nos vies les pères.

vendredi 1 mai 2009

Courte nouvelle "Laurence pas trop belle"


C’est l’histoire de la femme la plus perverse au monde et du pire des imbéciles jamais connu.
Alors, lumières, caméra, action.
Tous les gars de mon quartier avaient bizarrement dit adieu à leur pucelage avec la même fille ; Laurence pas trop belle, une petite puce qui se trimballe aucun amour-propre à ce qui parait. Mais pas moi. Elle m’avait pas offert ce privilège. Même le petit rouquin anorexique qui dit des p au lieu des b avait expédié la dame au septième ciel de l’Iowa. Ça devenait embarrassant. Il fallait réagir. Dans le très maintenant.
Je suis donc allé faire un tour chez une sorte d’ami que j’avais, question de préparer le terrain. Bien entendu, il la connaissait en parfaite profondeur.
- Wow! T’as pas perdu ton pucelage? Ok … j’te dirais qu’avant de t’embarquer là-dedans, tu dois savoir quelques règles.
- Ah ouais? que je fais. Comme… ?
Si j’avais un calepin, je prendrais des notes. Mémo à moi-même : me procurer un calepin.
- C’est des règles immanquables. Quand elle est sur le point de devenir folle d’excitation et que tu sens que tu contrôles à fond la situation, tu dois crier de toutes tes forces AUX AGGUETS!!!
- AUX AGGUETS?
- Ouais. Et petit truc comme ça : prépare toi une bonne doses de saloperies.
Quelques jours plus tard, je tombe sur ma princesse qui dégage en permanence cette odeur de sexe et bonbon au Corona, un petit bar de quartier fréquenté en majorité par des gens qui sont devenus des hommes grâce à elle. Alors je lui paye un verre et je multiplie ce nombre jusqu’à temps que mon portefeuille me supplie de le réanimer. Bon sang. Je vois plus très bien. Je la trouve presque un peu jolie ma Laurence pas trop belle. Disant adieu à mes inhibitions et réalisant que mon amour-propre a pris le bus sans moi vers une destination inconnue, je lui propose de faire connaissance avec la toilette des hommes. Elle me dit qu’elle les connaît très bien. En revanche, celle des femmes lui sont plutôt inconnues.
- Allez hop, cow-boy! qu’elle me dit.
Alors sans rentrer trop dans les détails, je lui lance sur place un truc un peu dégoûtant.
- Oh oui!!!
La confiance gagnant, je grimpe d’une coche dans la vulgarité. Y’a pas de quoi rendre sa mère fière.
- Oh oui!!!
Et c’est là que j’me rends compte que ma banque de donnés est épuisée. À sec.
- T’arrête pas. Mais qu’est-ce qui se passe?
Il se passe que mon puit d’insultes a un fond. Je suis catholique moi tu sauras. L’heure est plutôt grave. Je lui grogne d’une voix des cavernes des consonnes à l’oreille, mais on voit bien que c’est pas suffisant. Heureusement, on m’a appris à réagir avec calme et subtilité lors des moments intenses durant ma jeunesse. Malheureusement, on me l’a juste mal enseigné.
- Tu sais, l’orgasme d’un cochon dure 30 minutes.
Début de refroidissement.
- C’est chouette, tu trouves pas?
L’ère glaciale est annoncée. Il faut parer, réagir, contre-attaquer.
- Quand même, quand on y pense, ils ont la belle vie les lions. S’accoupler 50 fois par jour. Wow!
Congélation totale. Même cet arriéré de Walt Disney l’est pas autant.
- Tu sais que le sexe est le meilleur moyen pour perdre des calories? Mais tu peux aussi en dépenser 150 en te frappant la tête contre un mur pendant une heure. Ça peut te paraître cinglé, mais y a une fille, dont je me rappelle plus très bien le nom, qui a essayé…
Je m’écoute plus parler. Mes lèvres bougent, mais le volume est sous zéro. Y a cette légende urbaine sur ma famille : elle raconte notre extraordinaire capacité à s’enfoncer plus profondément que le commun des mortels. Alors qu’elle me regarde comme un déficient profond (à vrai dire, elle me regarde comme si je lui avais parlé de l’orgasme du cochon et de l’accouplement des lions), j’me rends compte qu’il me reste quand même un truc à faire avant de baisser définitivement le drapeau. Et c’est …
- AUX AGGUETS !!!
C’était l’histoire de la femme la plus perverse au monde et du pire des imbéciles jamais connu.

La mascunilité


Y’a un quelque chose que je dois illico avouer : j’me sens pas trop viril comme homme. Salope comme elle peut parfois l’être, la vie m’en donne la preuve tous les jours. À la naissance de ma fille, j’ai tellement vomi que les infirmières se sont plus occupées de moi que de ma douce moitié ; j’me suis battu contre moi-même pour pas fondre à la fin de « Titanic » et tous mes commentaires sarcastiques sur le film sont faux, il faut enfin que la vérité triomphe ; quand j’me laisse pousser la barbe, des boutons se mettent à décorer ma face ; j’aime pas écouter un film d’horreur tout seul ; je laisse ma blonde clouer tout ce qui se doit d’être cloué et enceinte jusqu’au bout des sourcils, elle a installé en solo la tapisserie de cuisine … je parle même pas du berceau de bébé à monter ; quand j’me fâche, ma voix devient tellement aigue que je semble avoir oublié cette phase de la vie qu’est de muer ; si je bois et que je suis malade, je met le blâme sur la nourriture que j’ai ingurgitée ; je pisse parfois assis car on m’a dit que ça aide à botter le cul au cancer de la prostate ; mon activité physique la plus épuisante est de taper des conneries sur mon ordi ; après 7 secondes intenses de sexe inoubliables, j’ouvre le réservoir et je pleure comme une fillette (c’est pas vrai, je suis sexuellement parlant moins performant que ça) et si j’me lève la nuit pour donner la suce à ma fille (ce que je fais pas mais si je le faisais), j’oserais jamais regarder vers le salon, de peur d’y voir un fantôme qui se berce sur ma vieille chaise laide.
Honnêtement, j’ai entrepris y’a pas trop longtemps quelques efforts pour devenir un vrai mec. 1ère étape : regarder plus souvent le hockey avec d’autres gars. La testostérone à l’état pure. Ce fut une réussite presque désastreuse. Quelques copains se sont pointés – youppie –, mais je leur ai rappelé durant toute la soirée de parler moins fort, question de pas réveiller le bébé.
J’me suis acheté aussi un manteau à carreaux, style bûcheron. J’aime la sensation virile et sauvage que ça m’apporte. J’ai même rencontré un type avec qui j’allais au secondaire et il m’a demandé si j’étais devenu bûcheron. J’étais fier pas à peu près. Imaginez sa déception quand je lui ai raconté que j’avais plutôt écris un livre que presque personne a lu et que je concevais des séries télé que personne veut produire. Un manteau à carreaux? 95$. La déception sur un visage qu’on a pas vu depuis 10 ans? Ça n’a pas de prix.
J’ai assisté à un show punk pour me prouver que j’avais encore une fougue de jeunesse et des couilles en cryptonite. Toute une soirée, faut l’avouer. Mais quand j’ai suivi les conseils platoniciens de mon ami d’aller dans le « Mosh Pit » et de faire un peu de « Body Surfing », ça pas pris 3 secondes avant que je reçoive un coup et que je perde mes lunettes. Je les ai pas retrouvées. Quand le courage s’est pointé au rendez-vous et que j’me suis enfin décidé à me faire transporter à bouts de bras, une seule pensée traversait mon crâne : celle de pas perdre mon portefeuille. Et celle de me faire effleurer le pénis le moins possible par des gars. J’étais moyennement fixé sur les filles par rapport à la question.
Il faut parfois hisser le drapeau blanc et capituler lors d’une vie. Je serais jamais un homme imposant, poilu, effrayant et qui impose un respect dictatorial. C’est pas grave je suppose. Moi, au lieu d’exiger à ma douce qu’elle me fasse un sandwich après 5 mémorables déhanchements de bassin, j’me mets à pleurer.
Mais ta gueule Steve!

Être désagréable dans la vie


Je suis un rabat-joie. Je veux dire, je suis négatif, c’est officiel. Je suis une personne hautement désagréable. Mais en ces jours ensoleillés qui m’emmerdent et qui me font regretter l’hiver, j’me rends compte à chaque microscopique seconde à quel point c’est chiant d’être le demi homme que je suis. Des exemples?
Quand ma petite fille s’émerveille devant des moustiques, moi j’arrête pas de penser au fait que ces salaud peuvent me transmettre le sida ; quand je vois des verres de terre séchés sur l’asphalte, j’me dis qu’ils sont cons, qu’ils méritent leur sort et qu’avec le temps, ils devraient apprendre à pas trop s’éloigner de leur chez soi ; quand je tombe sur une femme enceinte, je peux juste penser au fait que la petite dame est plus vierge et j’me demande dans quelle position elle a conçu le bébé ; si un copain se trouve un nouveau travail, je prie pour qu’il gagne moins d’argent que moi ; s’il se déniche une nouvelle copine, j’espère de tout mon cœur noir qu’elle sera aussi moche qu’un camion en panne dans le désert ; quand quelqu’un fait caca chez moi, j’aime lui faire remarquer que ma salle de bain fut déclarée zone sinistrée pendant une semaine ; quand un hippie tente de me conscientiser sur le réchauffement planétaire, moi j’me dis juste que ça va me faire moins de vêtements chauds à acheter ; si on me conseille d’aller voir un film, je fais exprès pour voir celui qui joue dans la salle à côté ; si ma conjointe vomit, je monte le son de la télé ; j’me dis que l’avantage avec les enfants moches, c’est qu’ils se trimballent aucune chance de se faire kidnapper ; quand j’éjacule rapidement, j’me rassure en me disant que moi j’ai eu du plaisir et que c’est le plus important ; j'exige toujours des sacs en plastique à l'épicerie ; si je croise une personne aveugle, je lui parle automatiquement plus fort ; quand je rencontre une lesbienne, j’espère la chavirer et la faire changer d’orientation ; si je tombe sur une ancienne copine, j’me croise les doigts pour qu’elle ait pris trois cents livres et que son nouveau copain ait un micropénis ; à chaque 23 octobre, je rappelle à ma blonde qu’il s’agit de l’anniversaire de la perte de mon pucelage ; j’aime dire à quelqu’un qui vient d’échouer une chose que si ça avait été de moi, ça aurait fonctionnée ; j’aime mettre ma récupération dans les poubelles pour faire chier mes voisins ; faire remarquer à un recteur que le nom de sa profession ressemble étrangement au mot « rectum » ; raconter la fin d’un film à quelqu’un qui est impatient de le voir ; avoir un pseudonyme sur Internet et insulter des no life comme moi partout sur la planète ; rappeler aux fans des Nordiques que mon club à moi, il est toujours à Montréal ; raconter à des gens de gauche que mon idole est George Bush ; faire remarquer aux souverainistes qu’il est écrit « Canada » sur leur passeport ; les couchers de soleil me rendent triste car l’heure de dormir approche et les levers de soleil me confirment qu’une longue journée emmerdante m’attend ; j’aime dire à quelqu’un qui s’achète une voiture neuve qu’un jour, elle sera laide, vieille et puante ; conseiller aux gens qui affirment que les jeunes sont l’avenir d’aller visiter une classe de troubles de comportement et dire à la mère de ma fille que si elle s’était montrée plus patiente, elle aurait pu trouver drôlement mieux que moi.
Ouais. C’est comme ça qu’on est désagréable dans la vie.

Je veux des amis


J’ai vingt-sept et pour être un tantinet honnête, je suis plutôt rejet. J’aime pas trop sortir de chez moi et je crois que j’aime pas les gens. Empêche que ça titille ma fibre d’excitation l’idée de me faire de nouveaux copains. Vous savez, des petits timbrés nonchalants dans mon genre qui détestent tout et qui se montrent sarcastiques devant un coucher de soleil. Un grassouillet roux ou – dans mes fantasmes ultimes – un nain qui riraient de mes plus mauvaises blagues et des mes théories d’arriéré modèle – comme celle dans laquelle j’affirme que les dauphins de parc aquatique possèdent une chance énorme de se trimballer un travail contrairement à leurs concitoyens chômeurs et libres –. Encore mieux : un type qui porte des chemises carrotés comme moi et qui semble constamment chasser les orignaux. Un type en qui j'aurais confiance, à qui je pourrais confier que j'ai déjà eu la diarrhée au sommet de mont Orford quand j'avais douze ans.
Pour tout dire, je suis un mauvais ami. On peut même affirmer pas trop fort que j’me veux exécrable dans le domaine de l’amitié. J’exige beaucoup en donnant peu. Il faut m’appeler souvent mais pas trop ; me faire des surprises de temps en temps mais respecter mon intimité ; s’informer à savoir comment vont mes filles ; rire de mes blagues de façon si sincère que j’me prends réellement pour un type amusant ; jamais oublier mon anniversaire et me complimenter quand je suis déprimé.
Et moi dans l’équation? Je veux dire, qu’est-ce que je fais quand on répond à ma liste d’exigences? Rien. Absolument rien. Je réponds au téléphone que lorsque j’en ai envie – merci Allah pour l’afficheur – ; j’annule les sorties à la dernière seconde ; j’oublies les fêtes et occasions spéciales ; je fige quand on me confie un secret mais j’accepte de ne le dire à personne ; je le dis aussitôt à ma conjointe ; je donne des coups de poings sur l’épaule lorsque je devrais flatter dans le dos et lorsqu’on cesse de parler de moi, je fais semblant d’écouter tout en pensant à des filles nues qui ont une envie folle de découvrir le mini truc qui se cache sous mes boxers.
Certains ont encore envie d’être amis avec moi?

Petites capsules...



Deux hommes font du pouce. Une voiture s’arrête. Les deux embarquent sur la banquette arrière. Une vieille dame est au volant.

Premier homme
Merci énormément madame de nous avoir pris. Ça faisait au moins une bonne heure qu’on attendait là. Y commençait à faire froid.

Le deuxième homme se met à cogner sa tête sur le siège de la vieille femme.

Deuxième homme
J’espère que la police trouvera pas le cadavre de l’autre femme, j’espère qu’y trouveront pas. Je dois arrêter de tuer, arrêter de tuer. Un dernier meurtre, c’est tout. Je vais tuer une dernière femme et mon pacte avec Satan va être réglé.

La femme, paniquée, stoppe le véhicule, hurle et sort de la voiture à toute vitesse.

Premier homme
Pourquoi faut que tu fasses toujours ça ?

***

Des gens assistent à une conférence. Ils semblent excités. On voit une pancarte sur laquelle est inscrit « Conférence sur comment faire de l’argent à coup sûr. 35$ ». Un homme arrive au micro.

CONFÉRENCIER
Alors, vous êtes là pour savoir comment on fait de l’argent? Facile ! Merci tout le monde.

Le conférencier prend tous les chèques et les billets de banque que les gens ont apportés et part en courant.

***

Un homme rentre chez lui avec du courrier. Soudain, il fige.

Homme
Wow les gars! En cinq minutes, vous avez peinturez, changez les interrupteurs de place et achetez des nouveaux divans ?

Il voit deux vieillards sur le sofa.

Homme
Richard ! Hugo ! Mais qu’est-ce qui vous êtes arrivés ? Comment vous avez pu vieillir de soixante ans comme ça ? Qu’est-ce qui s’est passé pendant que j’ai été chercher le courrier ? Est-ce que… oh ! Je pense que j’me suis trompé de maison. Désolé.

***

Un homme est avec une fille dans une chambre. Semblant très attirée vers lui, elle se met à quelques centimètres de son visage.

Fille
Dis-moi un secret. Tsé, quelque chose que t’as jamais dit à personne.

Homme
Un secret, un secret ? Ben, pour une raison qui m’échappe, fouille-moi pourquoi, c’est un mystère, j’ai toujours la main droite qui sent le vomi. Sens.

Il met sa main près du visage de la fille. Abasourdie, elle recule.

Homme
Mais quoi ? Faut que j’aille méchamment confiance en toi pour t’avouer ça.

***
Un avion dans une tempête. La fin est proche et les passagers paniquent. La plupart des gens prient. Un homme, à côté de sa femme, en a assez.

Homme
Tu sais quoi ? Ça fait ben longtemps que je t’aime pu. J’ai pas l’intention de mourir à côté d’une grosse conne comme toi qui me rend pu heureux depuis dix ans !

Il se lève et embrasse farouchement une femme plus jeune. Il se déshabille.

Homme
(Hurlant) Vous savez ce que j’ai toujours rêve de faire bande de caves ? Me mastur…

La tempête cesse et l’avion retrouve sa stabilité. Tout le monde le regarde. L’homme aurait préféré que l’avion s’écrase.

***

Alex est à un entretien d’emploi. L’employeur lit son dossier.

PATRON
Votre c.v. est plutôt impressionnant Alex. Chef d’une chorale pour enfants des quartiers défavorisés. Missionnaire en Afrique pendant votre adolescence. Bénévolat pour personnes âgées. Bon, je crois qu’on a terminé. Je suis convaincu. Je pourrais avoir votre adresse courriel ?

ALEX
Pas de problème. C’est le : Alex… bébéseratonhommetoutelanuitohyeahbabyiwillmakelovetoyoulikeapornostarscreambitchscreamcauseimapimpdontfuckwithmecauseihaveagun…

Sidéré et ayant arrêté de noter, le patron regarde Alex, les yeux gros.

ALEX
@hotmail.

***

Le même Alex est à un autre entretien d’emploi.

Patronne
Est-ce que vous vous connaissez des défauts Alex?

Alex
Oui, c’est sûr. Comme tout le monde, des petites choses banales.

Patronne
Comme…

Alex
Hum. C’est tellement pas particulier. Je dirais que je suis du genre à casser des choses quand ça va pas à mon goût. J’ai rien contre le fait de prendre un verre le matin. J’ai une phobie des obèses, je suis du genre à profiter des avantages sociaux, je suis un peu sexiste, je pue de la bouche, j’me brosse pas toujours les dents, j’haïs les roux et les chauves, je suis pas du tout perfectionniste, je porte souvent les mêmes vêtements, je rie toutes les fois que je vois un nain et... ben, je dirais que c’est pas mal ça. Les petites choses banales.

***

Salle d’attente d’un cabinet de psychologue. Deux hommes attendent pour leur consultation. Une fille sort en pleurant du bureau du psy.

Psy
Hey! Devinez qui vient d’attraper une chlamydia et qui s’est fait traitée de petite pute par sa mère ?

***

Vêtements déchirés et semblant sur le point de mourir, un homme sort d’une forêt avec le chien. À bout de souffle, il arrive devant un poteau de téléphone et y voit un avis de recherche. C’est pour le chien. On y offre une forte récompense. Rien sur lui.

L’homme
Ah, c’mon!

***

Un homme et une femme sont dans une chambre. Elle s’approche de lui, lui tend la main et l’emmène vers le lit. Il s’arrête et regarde son entrejambe.

Homme
Oh! Au moins j’ai eu mon fun.

***

Un homme et une femme se trouvent à un concours d’épellation. La femme est au micro.

Voix d’homme
Pour votre premier mot, veuillez épeler le mot « Ami ».

Fille
Pourrais-je avoir une définition ?

Voix d’homme
Certainement. L'amitié est une inclination réciproque entre deux personnes, ou plus, n'appartenant pas à la même famille.

Fille
Ami? A-M… euh… i ?

Voix d'homme
C’est exact! Wow ! Bravo! Monsieur… pour votre premier mot, veuillez épeler SAULXURES-SUR-MOSELOTTE.

Homme
Pourrais-je avoir une définition ?

Voix d'homme
Une définition ? Non mais vous êtes sans-dessein à ce point-là ?

***

Un souper de famille. Marc est avec son amoureuse chez les parents de cette dernière. C’est silencieux et l’ambiance semble lourde.

Marc
Vous savez que votre fille s’est fait percer le clitoris?

Son amoureuse
Marc !

Marc
C’est une blague. Vous trouvez pas qu’est plus drôle que celle des pénis de noirs ?

***

Un homme est chez le proctologue. Ce dernier fait son travail.

Homme
Ah! Maintenant je vais pouvoir comprendre la douleur que ressentait les jeunes garçons que je sodo…

L’homme est menotté au sol par deux policiers.

Homme
(Hurlant)
Pour la millième fois : c’était juste une joke!

***

Un homme fait un dessin sur une grande feuille… façon « Fais-moi un dessin ». Il dessine une vache. Ses trois amis sont sur le sofa.

Homme
C’est quoi? Vous avez une idée? Hein ?

Premier ami
Un bateau ?

Deuxième ami
Un fantôme ?

Troisième ami
Anne-Marie Losique ! Oh non, je l’ai déjà dit ça.

***

Un homme et une femme sont au restaurant.

Homme
Tsé, t’es spéciale. Vraiment spéciale. Pas spéciale comme la petite autobus pour enfants spéciaux qui suit la grosse pour enfants normaux quand t’es à l’école. Tsé, je pense à toi souvent. Souvent même tout le temps.

Femme
C’est pas une chanson de chose qui sait pas parler français ça, le Gaspésien ?

Homme
Wo ! C’est la première fois que j’en pogne une qui connaît son répertoire québécois.

***

Un homme et un ado sont assis dans une salle d’attente. La secrétaire parle au téléphone.

SECRÉTAIRE
J’ai un test pour toi. La mère d’une ado meurt. Aux funérailles, à l’aperçoit un homme qu’elle avait jamais vu. Immédiatement, à tombe amoureuse de lui. Le coup de foudre. Quelques jours plus tard, la jeune fille tue sa sœur. La question que j’te pose : pour quel motif elle a tué sa sœur?

ADO

(Parlant pour lui-même) À l’espérait que le gars se pointe encore aux funérailles.

SECRÉTAIRE
À l’espérait que le jeune homme se présenterait de nouveau aux funérailles.

L’homme regarde l’ado avec admiration.

SECRÉTAIRE
Ça été prouvé que ceux qui répondaient correctement pensaient comme des psychopathes. Plusieurs tueurs en série ont répondu correctement à la question.

Mal à l’aise, l’homme tente de se tasser de l’ado.

***

Deux amis sont dans une voiture. Celui sur le siège passager passe un joint au conducteur.

Conducteur
Nah ! Je pense pas que ça soit une bonne idée.

Passager
C’mon ! C’est un joint. C’est aussi inoffensif que de fumer du gazon. Sois pas moumoune…

Le conducteur prend le joint.

Une clinique vétérinaire. Le conducteur et le passager rentrent, en tenant un corps humain.

Conducteur
(Hurlant) Y nous faut un vétérinaire de toute urgence. On a frappé un chevreuil avec mon auto.

***

Dans le stationnement d’une épicerie, Denis gare sa voiture. Il est avec un copain.

Denis
J’en ai pour maximum quinze minutes. Je te rapporte quelque chose?

Son ami hoche que non. Denis part. Son ami sort sa tête de la vitre.

Ami
(Parlant comme un handicapé) Non papa, abandonne-moi pas! Je serais sage à partir de maintenant, je te le jure. J’ai pas fait exprès pour être handicapé. Reviens papa, REVIENS!

Des gens, dans le stationnement, regardent Denis avec dégoût.

***

Un homme est dans un ascenseur avec une femme enceinte.

FEMME ENCEINTE
Oh non! Je viens de perdre mes os!

Relax, l’homme sort un papier de sa poche et un stylo. Il marque quelque chose et donne le papier à la femme.

HOMME
Ok. Je connais les trucs de séduction. C’est mon numéro. Si jamais vous faites rien cette semaine… je vous promets rien de sérieux, donc faut pas vous faire trop d’attentes pour l’instant.

***

Un homme est avec une femme dans la chambre de celle-ci. Regardant un peu partout, il remarque un dildo sur son bureau. On le sent aussitôt mal à l’aise.

FEMME
Tu veux écouter un peu de musique? J’ai une pelleté de disques… t’as envie de quoi?

HOMME
Me semble que je dirais pas non à du Bob Dildo? Dylan je veux dire. Bob Dylan.

***

Une femme arrive dans sa cuisine. Elle s’arrête, sous le choc. Son mari a les jeans aux chevilles et son pénis dans une tarte.

Mari
Devine quel film j’ai loué chérie?

***

Un libraire place des livres dans une rangée. Un homme étrange s’approche de lui.

L’HOMME
Est-ce que vous avez des livres sur Ben Laden?

LIBRAIRE
Je crois, ouais. Faudrait que je vérifie.

L’HOMME
Pis des livres sur la physique et la chimie? Vous devez avoir ça?

LIBRAIRE
(Hésitant) Euh…

L’HOMME
Vous devez tenir aussi des livres sur la fabrication d’explosifs?

Paniqué, le libraire laisse tomber ses livres et se met à courir… tout en hurlant.

L’HOMME
Ça marche tout le temps.

Scénario d'un court-métrage "Edgar"

Voici l'histoire d'un homme simple... et de son perroquet.


Intérieur – appartement – après-midi

Martin est en mode ménage. Sous l’œil attentif d’Edgar, son perroquet, il nettoie son appartement de fond en comble. Il enlève toutes les choses gênantes qu’il possède et les cache dans une armoire : figurines, posters de « Star Wars », mangas, sa bague qui contient des inscriptions elfiques, ses épées, films d’animation, la boîte de mouchoirs à côté de son lit et son pyjama de « Alf l’extraterrestre ». Martin regarde ce qu’il accomplit. L’appartement parait à moitié vide. Edgar semble bien songeur.


Intérieur – salon – après-midi

Martin, torse nu, dans son salon, fait quelques push-up. Edgar est posé sur son dos.

Martin
Comment tu me trouves ?

Edgar
Gros.


Intérieur – salle de bain – soirée

Martin est devant le miroir de la salle de bain. Bien rasé, bien coiffé, il boutonne sa chemise. Il parait très bien.

Martin
Comment tu me trouves ?

Edgar
Eurk !

Martin
Non, mais qu’est-ce que t’as aujourd’hui ?

Edgar regarde dans une autre direction, comme s’il boudait.

Martin
T’as pas envie d’avoir une maman ?

Edgar
Non. Papa. Edgar.

Martin
Je suis sûr qu’on va l’aimer. La maman de ton papa a dit que c’était exactement la femme qui lui fallait.

Edgar
Femmes, caca.

Martin le regarde étrangement. La sonnerie à la porte de l’appartement se fait entendre.


Intérieur – appartement – soirée

Martin va répondre à la porte. Edgar est sur son épaule droite. Une jolie fille du nom de Zoé se tient devant eux.

Martin
Salut. Zoé ? Rentre.

Zoé
Merci. Je vois que t’as un ami.

Martin
Ouais. Y s’appelle Edgar. Dis « bonjour » Edgar.

Edgar se tourne la tête, boudant une fois de plus.

Martin
Y est gêné. C’est plutôt rare qu’on a de la visite. En général, faut presque se battre avec pour qu’y se la ferme.

Zoé éternue.

Martin
T’as la grippe ?

Zoé
Non, non. Ça va paraître un peu bizarre, mais je suis allergique aux plumes.

Edgar se retourne immédiatement vers elle. La caméra s’approche de ses yeux. Il semble déjà la détester.

Martin
Je peux le mettre dans sa cage si tu veux ?

Zoé
Non, ça va être beau. Je traîne toujours mes médicaments pour mes allergies.

Edgar part de l’épaule de Martin et se pose sur celle de Zoé. Il la fixe intensément. Elle ne semble pas super à l’aise.

Martin
Oh, oh ! J’en connais un qui t’aime.


Intérieur – cuisine – soirée

Martin et Zoé sont à table. Martin a accompli tout un travail : chandelles, belle nappe… et assiettes en cartons. Edgar est sur son perchoir, pas très loin d’eux. Il les observe. Martin verse du vin dans les deux verres en carton.

Martin
Santé.

Zoé
Santé.

Elle regarde un peu l’appartement, remarquant des rangés vides dans la bibliothèque et des traces blanches sur les murs qui indiquent que des posters ont été enlevés.

Zoé
Tu viens de déménager?

Martin
Non. Ça fait trois ans je dirais.

Silence. Les deux ne sont pas hyper à l’aise.

Zoé
Ta mère m’a parlé que t’as eu un accident ou un truc du genre ?

Martin
Elle t’a pas parlé d’affaires trop gênantes j’espère ?

Zoé
Ben, ça dépend. Mais rien de plus gênant que d’organiser une date à deux personnes qui se sont jamais vues.

Martin
Ouais, vu comme ça. Pour l’accident, j’te dirais que c’est assez niaiseux. J’avais décidé de me remettre au skateboard, j’étais vraiment bon plus jeune, et j’me suis pété sévèrement la clavicule.

Zoé
Ouch.

Edgar se penche la tête, songeur par rapport à la conversation. La caméra se dirige vers ses yeux.


Intérieur – salon – après-midi

C’est un flash-back du point de vu d’Edgar. Martin, costumé en jedi, tient un rayon laser et exécute des mouvements de combat. L’un de ses mouvements tourne mal et il tombe.

Martin
Oh tabar…


Intérieur – cuisine – soirée

Retour à Martin et Zoé qui sont à table.

Martin
Ça l’a fait en sorte que j’ai passé, quoi, grosso modo, deux mois sur le sofa à pas vraiment bouger.

Zoé
Ça devait être déprimant ?

Martin
Assez. J’ai dû arrêter de travailler, lâcher mon club de Donjons et… ouais, pis mes amis qui venaient me voir chaque jour ont réduit pas mal leurs fréquences. Une chance que j’avais Edgar. On s’est dont bâti une petite routine relaxe. Mais là, comme je retrouve la forme, je vais être en mesure de recommencer à travailler et ravoir un peu plus une vie normale. C’est Edgar qui va sûrement trouver ça un peu plus tough...

Edgar semble fâché par cette réplique. Il vole jusqu’à l’armoire dans laquelle Martin a caché toutes ses choses gênantes. Avec son bec, il cogne sur la porte. Martin lui fait des petits regards furtifs qui lui disent de dégager de là.

Zoé
Qu’est-ce qui fait ?

Martin
Oh, y est fatiguant. Y veut… sa balle.

Zoé
Sa balle ?

Martin
Ouais. Y faut que je la cache sinon, on en a pour la soirée à lui lancer constamment. Ça devient long.

Zoé
Wow ! Y est vraiment spécial ton perroquet.

Edgar
(Au loin) Edgar !

Martin
Et merde. Euh, ça va te sembler un peu bizarre, mais y aime pas ça qu’on lui rappelle qui est un perroquet. Je crois qui a eu des traumatises d’enfance et faut toujours l’appeler Edgar.

Edgar
(Au loin) Papa ! Papa !

Martin
Excuse-moi. Je vais juste aller le voir quelques secondes. C’est con, mais c’est un petit bébé. Genre, ben miniature.

Zoé
Je comprends. Vas-y, y a pas de problème.

Martin part. La caméra reste sur Zoé, qui entendra toute la conversation.

Martin
Est-ce que ça va ?

Edgar
Pas perroquet !

Martin
Je sais. Zoé savait pas.

Edgar
Moi, jedi. JEDI ! JEDI !

Martin
Ouais, t’es un jedi. T’es un bon jedi.

Zoé semble trouver le tout plutôt drôle. Martin revient. Edgar est sur son épaule.

Martin
Ça va.

Zoé
C’est un… jedi ?

Martin
Ouais. C’est… y paraît que c’est ben commun chez les perroquets du genre de se prendre pour un jedi. Je trouve ça ridicule. Un jedi.

Zoé
C’est cute. J’aime ça, moi les « Star Wars ».

Martin
Oh ouais ?

Les deux se sourient. On sent pour la première fois de la soirée qu’une belle complicité s’installe.


Intérieur – salon – soirée

Martin et Zoé sont sur le sofa, près de l’autre, regardant un film. Ils boivent du vin. Edgar est sur son perchoir, regardant la scène. Il semble dégoûté.

Edgar
Bisous papa, bisous.

Martin monte le son de la télé. Edgar, voyant que ça ne fonctionne pas, vole jusqu’à l’épaule de son maître et place son bec près de son oreille.

Edgar
T’aime papa.

Martin
T’es un peu achalant là.

Triste et déçu, Edgar retourne à son perchoir. Il les observe à nouveau. Ses yeux deviennent gros quand il remarque que Zoé met sa main sur celle de Martin. La caméra s’approche des yeux d’Edgar.


Intérieur – salon – soirée

C’est une vision du future du point de vu d’Edgar. Martin et Zoé sont sur le sofa et s’embrassent. Edgar se pose sur l’épaule de Martin. Zoé éternue.

Zoé
Oh non, j’ai oublié mes médicaments.

Martin
Pas grave ; je vais le mettre dans sa cage.


Intérieur – salon – soirée

C’est une autre vision du future du point de vu d’Edgar. Martin et Zoé sont sur le sofa, faisant l’amour sous une couverture. Edgar se pose sur le dos de Martin. Zoé éternue.

Zoé
Oh non, j’ai oublié de renouveler mes médicaments.

Martin
Pas grave ; je vais le mettre en vente.


Intérieur – cage – soirée

C’est la dernière vision du future du point de vu d’Edgar. Il se trouve dans une cage. Une pancarte qui indique « 5 $ » est placée devant la cage. Une main tenant un feutre raye le prix et indique « Ou meilleures offres ».


Intérieur – salon – soirée

Retour à la réalité, avec Martin et Zoé qui sont sur le sofa et Edgar sur son perchoir.

Edgar
(Hurlant) Nooooooonnnnnnn !

Martin et Zoé le regardent étrangement. Semblant gêné, Edgar regarde dans une autre direction. Zoé se colle encore plus sur Martin. Ce dernier en fait de même. Leurs regards se croisent et ils approchent leurs visages l’un de l’autre. Désemparé, Edgar lâche une crotte. Mission accomplie : ça brise le moment romantique.

Martin
Je pense qu’on est à sec côté vin.

Zoé
Dommage.

Martin
Je vais aller en chercher d’autre.

Zoé
Ben non, c’est pas grave.

Martin
Non, non. Y était super bon pis le dépanneur est juste à côté de chez nous.

Zoé
T’es sûr ?

Martin
Ouais. Je vais revenir dans cinq minutes. Ça va te donner l’occasion de mieux faire connaissance avec Edgar.

Martin sort de chez lui. Immédiatement après qu’il ait claqué la porte, Edgar s’installe à sa place sur le sofa.

Zoé
Salut.

Silence.

Zoé
Est-ce que tu veux jouer à la balle ?

Edgar hoche que non.

Zoé
Est-ce qui a vraiment une balle ?

Edgar hoche que non une fois de plus. Zoé sourit.

Edgar
Zoé… maman.

Zoé
Wow ! T’es dont ben fin.

Edgar
Edgar aime maman.

Les deux se fixent longuement. Une complicité semble naître.


Intérieur – salon – soir

Martin revient à l’appartement avec une bouteille de vin. Quand il arrive au salon, il fige et laisse tomber la bouteille sur le sol.

Martin
Mais c’est quoi ça ?

Zoé repose sur le plancher du salon. Inerte, elle n’a plus son œil gauche. Il est dans le bec d’Edgar. Ce dernier, remarquant Martin, fige.

Martin
C’est toi ? C’est toi qui a fait ça ?

Les yeux vers le sol, Edgar fait non de la tête.

Martin
T’as son œil dans ton bec crisse !

Edgar
Oeil, tombé.

Martin prend Edgar dans ses mains.

Martin
Tu l’as tuée. Tu voulais pas que j’ai une blonde, hein ? Tu voulais me garder pour toi tout seul. Ça te fait rire que je sois puceau ?

Martin prend une paire de ciseaux dans un tiroir et les approche de la tête d’Edgar. Ce dernier semble paniqué.

Edgar
Papa. Papa. Papa.

Martin
Ça marche pu ça.

Les ciseaux s’approchent de la tête. Martin s’arrête et laisse tomber les ciseaux. Edgar semble soulagé. Martin ouvre le micro-onde et place son perroquet dedans. Il met la minuterie à vingt-sept minutes et le part.

Edgar
T’aime papa. T’aime.

Martin
Ta gueule. Ferme ta gueule.

Edgar
Edgar aime papa.

Martin semble tourmenté, comme s’il se battait contre lui-même. Dans un élan de rage et de désespérance, il ouvre le micro-onde, prend Edgar et le serre contre lui. On sent qu’un réel amour existe entre eux.

Martin
Mais qu’est-ce qu’on va faire ?

Edgar pointe vers une direction. Martin remarque qu’il s’agit d’un couteau de boucher sur le comptoir. Il semble découragé et peu motivé.


Intérieur – salon – après-midi

Martin est couché sur le sofa. Edgar est sur lui. Ils regardent un film. Quelqu’un sonne à la porte. Les deux se dirigent vers l’entrée. Martin ouvre la porte. C’est le propriétaire de l’immeuble.

Martin
Ouais ?

Propriétaire
Ça fait deux mois que t’as pas payé ton loyer.

Martin
Oh, merde, c’est vrai.

Propriétaire
Va falloir que tu règles ça sinon t’es dehors.

Martin
Ouais, euh, ok, je m’occupe de ça. J’ai une idée : la caisse est juste à côté. Restez ici, je vais chercher l’argent et je reviens dans cinq minutes. Pas plus. Ça vous dérange pas de rester avec Edgar ?

Propriétaire
C’est le perroquet ça ?

Martin et Edgar se regardent.

Martin
Ouais. C’est le perroquet.

Martin sort. Juste avant de partir, il lâche un regard complice à Edgar. Ce dernier lui rend l’appareil. Martin ferme la porte. Edgar tourne son attention vers le propriétaire. On se doute bien de ce qui va se passer.

Nouvelle "Autobiographie d'un stupide inconnu"


Souvent, quand j’me retrouve coincé dans le bus ou au petit marché délabré qui se tient au coin de la Saint Patrick, j’entends les gens raconter que le pire qui puisse vous arriver dans la vie, c’est qu’un de vos proches meurt. Vous savez, un dernier coucou timide, l’âme qui prend ensuite un arrêt sans escale pour le paradis et le corps, lui, qui élit domicile au cimetière le plus près. Je sais pas pourquoi, mais ça se retrouve au sommet de l’échelle des tracas pour le bon peuple catholique on dirait. Soit ça ou de perdre son travail, aussi stupide et ennuyant qu’il puisse s’avérer ou de se retrouver quelques décennies dans la plus miteuse des prisons à Tijuana à partager ses commodités avec un type obsédé par les allumettes qu’on surnomme amicalement Pyro le barjot. Vous savez, moi, ce que je réponds tout haut à ça? Que c’est un tissu de conneries pas croyable. Ouais. Tricoté serré de tout côté. Des gens qui me côtoyaient jouent maintenant de la harpe désaccordée sur un nuage et je m’en suis remis. Ça va. J’ai perdu mes minables boulots à l’époque que je croyais que travailler se voulait noble et ça m’a pas donné une tumeur bénigne ou un taux anormal d’anxiété aiguë. Et même si j’en suis pas hyper fier, je peux aussi inscrire dans mon minuscule CV prisonnier dans mes expériences récentes. Bon sang. Personne s’est occupé de redécorer mes fesses dans les douches et grâce à ça, j’ai même pu terminer mes études secondaires. C’est pas croyable, mais après toutes ces années, j’me trimballe enfin la capacité de conjuguer le verbe roidir au subjonctif passé. Roulement de tambours s’il vous plait. Non, non, non. Selon moi, le pire qui peut vous tomber dessus lors de votre séjour aucune dépense payée sur notre sympathique planète moche, c’est de vous charrier un ami qui a du succès. Quand on se compare, on se désole je suppose. Même si j’y réfléchissais durant quelques centaines d’années, le cerveau bien cryogénisé au frigo, je vois pas ce qui aurait pu m’arriver de plus terrible. Ouais. C’est exactement toute cette philosophie bas de gamme à trois sous qui m’a fracassé le crâne quand Guillaume s’est pointé en face de chez moi avec une sapristi de belle voiture de location.

- Ok. On dirait qu’on se fait pas trop chier quand on est célèbre?

- Ouais. Moi aussi je suis content de te voir Étienne après neuf ans.

Poignée de mains. Petite accolade. Tout le tralala de fraternité de jeunesse. Mais bizarrement, ça sonne faux. Comme un mauvais doublage français d’un mauvais film de nos voisins du sud. Sûr et certain que ça pourra jamais recoller comme avant.

- T’as pas changé d’une miette Étienne. C’est assez freakant.

- Merci … je suppose. T’as pas trop grossis aussi. Pis? Sherbrooke t’a manqué?

- Bof, je sais pas. J’aime vraiment ça habiter à Montréal. J’ai pu trop l’impression que c’est ma ville aussi.

- Ouais, quelle surprise. Un snob vin-fromage-opéra qui renie ses origines. Est-ce que les gens de ta ville te demandent souvent si t’as perdu ton pucelage avec une cousine dans une grange le jour de l’an? Ou tu fais peut-être croire que t’es un montréalais pure laine qui est jamais sorti de l’île?

- Les bonnes mêmes vieilles conneries. Ce que ça commence bien.

Tu parles que ça commence bien. Même si je veux qu’on s’amuse et qu’on passe du bon temps et tout comme à l’époque, je peux pas m’empêcher de lui rappeler qu’il représente à mes yeux (et à ceux de tout le quartier) un fichu traître égoïste. Ouais. Les autres peuvent bien se mentir à eux-mêmes en affirmant qu’il sont archi fiers qu’un petit fils de pauvre ait si bien réussi, mais je sais dans les tréfonds du peu d’âme que j’me charrie que ça se veut faux sur toute la ligne. C’est pas un adopté de la grande ville qui va venir avec son air de pédant offensé contaminer notre minable train de vie qui nous convient. Mais en même temps, je peux pas m’empêcher de repenser au fait qu’il est une des personnes que j’aime le plus depuis qu’il m’a défendu contre cet arriéré de Patrick Ryan en 3e année. C’est un très gros con qui vit toujours dans le sous-sol de ses parents et qui m’en faisait sérieusement baver avant que Guillaume fasse en sorte que plus personne ait jamais relevé la main sur moi. Depuis ça, j’ai toujours su que ça allait être entre nous deux pour le meilleur et pour le pire jusqu’à la mort. Mais le hic, depuis quelques années, c’est que le pire l’emporte par K.O plus souvent qu’à son tour.

- J’ai lu quelques critiques sur ton film. Félicitation.

- Oh ouais? Sont plutôt bonnes, hein? Je suis content. Ça pourra pas nuire. La compétition est féroce dans le milieu, t’as pas idée.

- Peut-être. Mais moi je trouve que c’est vraiment un truc de bourgeois les critiques. Du genre, le métier le plus inutile après brigadier scolaire. Non mais penses-y. Trouves-tu que c’est un vrai métier toi?

- Ok. Pis toi, c’est quoi ton métier au juste pour te montrer aussi condescendant?

Cheap shot Guillaume … cheap shot. D’accord. On me paie peut-être pas tout plein d’argent non mérité pour réaliser des petites merdes prétentieuses pour universitaires snobs buveurs de vins ; mes pieds se sont jamais posés à Venise sur un bon dieu de tapis rouge installé là en mon honneur et on me traite pas de génie révolutionnaire chaque fois que des voyelles s’évacuent de ma bouche alcoolisée. Mais qui voudrait de cette vie là de lèche-cul de toute façon? Ouais. Je veux dire, un petit catholique pas trop instruit dans mon genre qui vend de l’alcool aux mineurs pour gagner sa croûte se trimballe autant de chances de se retrouver à la une de la section arts et spectacles que de se marier une petite pucelle texane de bonne famille. Je comprends ces choses là même si mon Q.I. provient des régions. Mais au moins, j’me considère comme un type authentique moi. Enfin. On laisse un peu notre éternel conflit nucléaire dans l’entrée de garage et on prend la direction du sous-sol. Je lui ai même préparé un lit avec des draps propres à monsieur l’artiste. Mes draps à moi, bon sang.

- Tu veux pas qu’on aille voir tes parents en haut? Ça fait un méchant bout que je les ai pas vus.

- Ça sert à rien, sont pas là.

- Y ont toujours la même job?

- Non. Tout ferme dans le coin. J’ai pas la moindre idée de ce qui font dans le jour mais c’est pas ici qu’y traînent. Merde. Toutes les compagnies ferment leurs portes pour aller se re-localiser dans les grandes villes et le vrai monde se retrouve toujours baisé d’une façon ou d’une autre. Tu trouves pas ça scandaleux toi?

- Non mais ta gueule Étienne. Je sais que t’es un expert pour casser l’ambiance et je te félicite même d’être aussi bon … mais là je commence presque à regretter de pas m’être pris une chambre d’hôtel.

- Ok, excuse-moi. Regarde : j’me la ferme avec ces conneries-là. On va s’amuser le temps que t’es là. Je t’ai promis que t’allais passer une soirée que tu vas pas oublier. Comme la bonne vieille époque.

La bonne vieille époque? C’est plutôt simple : beaucoup d’alcool, un peu d’herbe, un film porno bien dégueu question de se mettre dans l’ambiance, on retrouve quelques amis à moi pas trop recommandables que j’ai connus derrière des barreaux rouillés, on se ramasse des filles plutôt jeunes et le plus naïves possible, on se tape une tournée de destructions de boîtes à lettres, on s’envoie les pucelles à papa derrière le club vidéo du gros Henry et s’il nous reste du temps (ce que je doute, mais bon), on assiste à la première du stupide film de Guillaume. Mais c’est en dernière option. Je veux dire, il l’a vu combien de fois son navet d’après-vous? Ça se voudrait si dramatique qu’il assiste pas à une 3723e représentation de cette merde? Ouais. Poser la question c’est y répondre.

- Tu vas peut-être me trouver con Étienne, mais on dirait que je suis nerveux pour ce soir.

- Tu veux dire par rapport à ce qu’on va faire et le fait qu’on se soit pas vus depuis un bout?

- Non, non. La première du film. Même si on a fait une tournée de quelques régions et que ça s’est super bien passé, ça me fait bizarre de le présenter au même cinéma où j’allais tout le temps quand j’étais jeune.

- Je savais pas que ça voulait dire quelque chose pour toi.

- Tsé … je suis pas en guerre contre Sherbrooke ou n’importe quoi d’autres que tu sembles t’imaginer dans ta tête. J’habite ailleurs, ouais, mais ça va toujours rester un peu chez moi ici. Ça rappelle quelques souvenirs.

Un peu chez lui ici? Non mais on est quoi pour toi Guillaume? Un Holiday Inn sur commande? Des arriérés aux tendances trisomiques qui vont se fendre pour satisfaire sa stupide altesse? Merde. La soirée s’annonce pas mémorable, c’est moi qui le sens ça. Et les quelques minuscules souvenirs dont il parle constituent ma vie à moi. Ok. Du calme. On se la joue zen et Tibet Étienne.

- T’as prévu qu’on fasse quelque chose avant ma première?

- Hum. T’as vraiment envie d’y aller?

Il me regarde comme si je lui avais proposé tout bonnement de pendre quelques arabes et d’organiser une chasse aux juifs en forêt avec des fusils de paint-ball.

- C’est une blague. J’avais pensé qu’on pourrait commencer à boire.

- Ouais, pourquoi pas? T’as du vin?

Là, c’est moi qui le scrute comme s’il m’avait proposé tout bonnement de pendre quelques arabes et d’organiser une chasse aux juifs en forêt avec des fusils de paint-ball.

- C’est une blague Étienne. Je voulais jouer au montréalais snob.

- C’était réussi mon vieux.

Ouais. Même ce cadavérique de James Dean aurait pas pu sonner plus vrai.

- Tu te souviens des soirées qu’on passait dans le temps? À boire, à se branler chacun de notre côté du sous-sol en dessous d’un coussin devant un film porno dégueu, à retrouver des amis pis tenter de se ramasser des filles plus jeunes pour nous les taper derrière le club vidéo du gros Henry? Tu te souviens comment on terminait les soirées? Une tournée de destructions de boites à lettres.

D-I-E-U merci! T’es de retour Guillaume! On va pouvoir mettre ces merdes de carrières, de Montréal et ton ego mal placé aux poubelles une fois pour de bon et recommencer à être inséparables comme avant. Je comprends qu’on change et je trouve ça plutôt normal. Je veux dire, moi aussi je suis plus le même gars qu’à une certaine époque. Avant, quand on se tripotait chacun de notre côté, j’me sentais hyper contrarié à cause de mes grands-parents morts. Vous savez, toutes les conneries qu’entraîne un bon bagage catholique. C’est pas que je m’en voulais tant de pécher alors qu’ils pouvaient me scruter du haut d’un nuage ; c’est juste que ça m’effrayait qu’ils puissent le faire avec des amis et qu’ils me présentent à eux de la sorte. Mais ça va maintenant. Et puis, Guillaume est de retour, alors là, tout peut juste recommencer à vraiment bien aller pour moi.

- Ouais, tu parles que je m’en souviens.

- Pis est-ce que t’en as honte?

- Quoi?

- Je veux dire, tu regrettes pas toi? Man, quand je pense à toutes les conneries qu’on a pu faire, je deviens rouge automatique. C’est instantané. Des fois j’essaie de me convaincre que rien de tout ça est réellement arrivé et que c’est juste des mauvais souvenirs que j’me suis inventés. Avoir encore eu une blonde, je pense que j’aurais jamais osé l’emmener dans le quartier pour pas qu’elle entendre des histoires de la sorte.

Je vois rouge. Non, correction : je vois plus du tout. Qu’on me donne une canne pour marcher et pour abattre le traître qui se tient devant moi.

- Avoues que tu pense pareil comme moi Étienne? Personne peut rester aussi looser qu’on l’était dans le temps. Tu te souviens de ce qu’on voulait faire comme profession? Vendre de la bière aux ados deux fois plus chers de ce que ça coûte réellement. C’est looser rare.

J’ai jamais pu avouer à Guillaume ce qui m’était réellement arrivé les neuf années qu’on s’était perdus de vue. Ouais. Le petit snob vin-fromage-opéra se charrie une connaissance zéro à propos de la prison et de toutes ces choses qui me semblent à moi normales mais qui humilient la personne qu’il est devenu. Même si je le déteste à un point où j’aimerais le coller à un mur et l’aligner devant mon champ de tirs, j’ai jamais voulu qu’il ait honte de moi. Pas trop en tout cas.

- T’étudies en quoi déjà Etienne? Tu me disais dans ta lettre que t’étais à l’université depuis des années.

- Euh, un peu n’importe quoi. J’me suis réorienté dernièrement.

- C’est assez surprenant. Je veux dire, t’as tellement pas le profil universitaire. Mais c’est quand même drôle : un gars bien scolarisé qui a une haine de Montréal et de tout ce qui s’approche du bon goût. T’es ce qu’on appelle un sacré paradoxe mon gars. Dire que j’ai longtemps été convaincu que t’avais jamais fini ton secondaire.

Je sais pas ce que ça fout dans la vie un paradoxe et j’en ai réellement rien à battre pour tout avouer. Vous vous rappelez quand je racontais que la pire chose qui puisse vous tomber dessus dans la vie est de vous trimballer un ami qui a du succès? Bon sang. J’avais tout faux. Le pire des trucs moches dans l’univers, ça se veut la trahison. Maintenant, je vois plus rien d’autre.

- Pis? T’avais prévu quelque chose avant la première de mon film ou pas?

- Pas vraiment. J’étais un peu trop nerveux à l’idée d’assister à quelque chose d’aussi gros qu’une première.

- Wow! Ça me fait plaisir à entendre Étienne. Vraiment plaisir. C’est cool de voir que malgré toutes les années et le fait qu’on ait changé qu’on soit restés toujours aussi amis. Hein?

Oh ouais, c’est cool Guillaume. Vraiment très, très cool sale traître.