J’aimerais être un patriote et être fier de mon pays.
Le hic, c’est que la seule cause qui me vient à cœur est la mienne. Bien sûr, j’me sens un brin triste si un pays explose… mais cette tristesse n’est rien comparée à si je manque de l’électricité pendant une partie de hockey ou si je réalise que je suis devenu trop gros pour pouvoir enfiler mon t-shirt préféré de Oasis.
Moi, si j’étais une planète, je voudrais être Pluton. C’est loin, froid et petit. On ne rend jamais visite à Pluton et si vous voulez mon avis, Pluton s’en moque. Pluton ne répond jamais au téléphone et quand on l’invite à faire quelque chose, elle répond qu’elle a trop mal au ventre pour sortir.
* Avant qu’on m’emmerde sur le fait que Pluton n’est plus une planète, sachez que plusieurs scientifiques continuent à la considérer comme la neuvième planète de notre système. *
J’exerce un métier dans lequel l’intégrité est primordiale aux yeux de plusieurs. Certains scénaristes et auteurs sont prêts à se battre jusqu’à la mort pour défendre leurs points de vu et leurs convictions. Je trouve ça plutôt cool. Ces gens là peuvent discuter autant de politique et d’environnement que de cinéma.
Je voudrais tellement être comme eux. Mais je suis Pluton et Pluton, à part ses propres intérêts, possède un total analphabétisme sur ce qui l’entoure. J’ignore ce qu’est le gaz de Schiste; je n’ai aucune idée pourquoi les Israéliens et les Palestiniens ne sont pas des amis facebook; je ne comprends rien à l’économie; je n’ai jamais voté; je crois que les voitures hybrides sont comme des Transformers; j’aime le vin de dépanneur et j’ignore pourquoi le réchauffement climatique inquiète tant les gens. Nos étés seront plus chauds alors quel est le problème?
Donc, en plus de me trimballer aucune opinion sur ce qui est censé représenter les choses importantes de la vie, j’ai réalisé avec le temps que je ne possède aucune conviction. Si on m’offre un chèque, je vais vous pondre n’importe quelle merde que vous désirez. Je pourrais même concevoir une pub pour vanter les mérites du tabac et dormir comme un bébé qui s’est shooté du crack le soir venu.
Je suis ce qu’on pourrait appeler humblement et tout simplement… une pute. Ouais, je suis une salope de bas étage qui a perdu son amour-propre dans son enfance et qui n’a jamais pris le temps de la retrouver.
Dernièrement, j’ai énormément réfléchis à la question. Bon sang. Ce sujet me paraît bien plus important que l’économie et le sort de la planète. Donc, si on regarde ça de près, je suis en quelque sorte une pute. Bien. Que font les putes? Souvent, elles mettent des pénis dans leurs bouches. Bien. Elles le font en échange de quelques billets. Bien.
C’est à partir de ces constats que la question qui tue m’est venue à l’esprit : quel serait mon prix pour sucer le petit soldat d’un monsieur moustachu. Je mens pas : cette question m’a obsédé comme rien ne m’avait obsédé durant ma vie. Enfin, j’avais trouvé ma cause… mon principe pour lequel j’allais me tenir fièrement debout.
J’ai été voir mon papa.
- Papa : ça serait quoi ton prix minimum pour faire une fellation toi?
Mon papa n’est pas toujours fier de son fils.
- Un million. Non, plus que ça. Deux millions.
Ça me paraît cher la pipe ça. Il doit avoir des lèvres magiques je suppose.
J’ai ensuite appelé un copain. Comme il était pas là, je lui ai laissé un message sur le répondeur.
- Salut David. Salut Marie. Hey David : si t’avais à sucer quelqu’un toi, comment tu chargerais? Reviens-moi avec ça le plus tôt possible SVP…
Je crois que Marie me déteste.
Après avoir analysé les réponses de mes proches, de m’être creusé la tête durant des jours entiers et d’avoir calculé mes besoins essentiels durant une année, j’en suis finalement venu à établir un prix fixe.
Donc, si vous recherchez une fellation messieurs et toute la discrétion qui l’accompagne, vous devrez déboursez… 8147,76$. Oui, on peut se procurer les services de ma bouche pour un peu plus de 8000$.
Mais pour être un tantinet honnête avec vous, je trouve ça plutôt cher. C’est vrai : peut-être que mes fellations seraient les pires sur la planète. Peut-être que mes dents se montreraient trop actives. Donc, en calculant que je pourrais seulement sucer trois hommes par année et ainsi, toujours subvenir à mes besoins de base, j’ai baissé mon tarif à 2715,92$.
Je trouve ça pas si mal.
C’est là que j’me rends compte que mon père et moi sommes drôlement différents. Sa bouche se trimballe un statut de millionnaire… tandis que la mienne se charrie celle de la pute du quartier. Mais au moins, j’me dis que je suis honnête avec moi-même.
C’est toujours ça…

