mardi 9 août 2011

Suis-je une pute?


J’aimerais être le genre d’homme qui s’associe à une cause. Ça sonne bien et ça se trimballe un petit côté honorable. J’aimerais m’impliquer dans la société. Me positionner du côté des gagnants… être actif. Courir dans les rues lorsque la situation l’exige. Affronter le vent et le faire tourner. Célébrer les victoires durement acquises.

J’aimerais être un patriote et être fier de mon pays.

Le hic, c’est que la seule cause qui me vient à cœur est la mienne. Bien sûr, j’me sens un brin triste si un pays explose… mais cette tristesse n’est rien comparée à si je manque de l’électricité pendant une partie de hockey ou si je réalise que je suis devenu trop gros pour pouvoir enfiler mon t-shirt préféré de Oasis.

Moi, si j’étais une planète, je voudrais être Pluton. C’est loin, froid et petit. On ne rend jamais visite à Pluton et si vous voulez mon avis, Pluton s’en moque. Pluton ne répond jamais au téléphone et quand on l’invite à faire quelque chose, elle répond qu’elle a trop mal au ventre pour sortir.

* Avant qu’on m’emmerde sur le fait que Pluton n’est plus une planète, sachez que plusieurs scientifiques continuent à la considérer comme la neuvième planète de notre système. *

J’exerce un métier dans lequel l’intégrité est primordiale aux yeux de plusieurs. Certains scénaristes et auteurs sont prêts à se battre jusqu’à la mort pour défendre leurs points de vu et leurs convictions. Je trouve ça plutôt cool. Ces gens là peuvent discuter autant de politique et d’environnement que de cinéma.

Je voudrais tellement être comme eux. Mais je suis Pluton et Pluton, à part ses propres intérêts, possède un total analphabétisme sur ce qui l’entoure. J’ignore ce qu’est le gaz de Schiste; je n’ai aucune idée pourquoi les Israéliens et les Palestiniens ne sont pas des amis facebook; je ne comprends rien à l’économie; je n’ai jamais voté; je crois que les voitures hybrides sont comme des Transformers; j’aime le vin de dépanneur et j’ignore pourquoi le réchauffement climatique inquiète tant les gens. Nos étés seront plus chauds alors quel est le problème?

Donc, en plus de me trimballer aucune opinion sur ce qui est censé représenter les choses importantes de la vie, j’ai réalisé avec le temps que je ne possède aucune conviction. Si on m’offre un chèque, je vais vous pondre n’importe quelle merde que vous désirez. Je pourrais même concevoir une pub pour vanter les mérites du tabac et dormir comme un bébé qui s’est shooté du crack le soir venu.

Je suis ce qu’on pourrait appeler humblement et tout simplement… une pute. Ouais, je suis une salope de bas étage qui a perdu son amour-propre dans son enfance et qui n’a jamais pris le temps de la retrouver.

Dernièrement, j’ai énormément réfléchis à la question. Bon sang. Ce sujet me paraît bien plus important que l’économie et le sort de la planète. Donc, si on regarde ça de près, je suis en quelque sorte une pute. Bien. Que font les putes? Souvent, elles mettent des pénis dans leurs bouches. Bien. Elles le font en échange de quelques billets. Bien.

C’est à partir de ces constats que la question qui tue m’est venue à l’esprit : quel serait mon prix pour sucer le petit soldat d’un monsieur moustachu. Je mens pas : cette question m’a obsédé comme rien ne m’avait obsédé durant ma vie. Enfin, j’avais trouvé ma cause… mon principe pour lequel j’allais me tenir fièrement debout.

J’ai été voir mon papa.

- Papa : ça serait quoi ton prix minimum pour faire une fellation toi?

Mon papa n’est pas toujours fier de son fils.

- Un million. Non, plus que ça. Deux millions.

Ça me paraît cher la pipe ça. Il doit avoir des lèvres magiques je suppose.

J’ai ensuite appelé un copain. Comme il était pas là, je lui ai laissé un message sur le répondeur.

- Salut David. Salut Marie. Hey David : si t’avais à sucer quelqu’un toi, comment tu chargerais? Reviens-moi avec ça le plus tôt possible SVP…

Je crois que Marie me déteste.

Après avoir analysé les réponses de mes proches, de m’être creusé la tête durant des jours entiers et d’avoir calculé mes besoins essentiels durant une année, j’en suis finalement venu à établir un prix fixe.

Donc, si vous recherchez une fellation messieurs et toute la discrétion qui l’accompagne, vous devrez déboursez… 8147,76$. Oui, on peut se procurer les services de ma bouche pour un peu plus de 8000$.

Mais pour être un tantinet honnête avec vous, je trouve ça plutôt cher. C’est vrai : peut-être que mes fellations seraient les pires sur la planète. Peut-être que mes dents se montreraient trop actives. Donc, en calculant que je pourrais seulement sucer trois hommes par année et ainsi, toujours subvenir à mes besoins de base, j’ai baissé mon tarif à 2715,92$.

Je trouve ça pas si mal.

C’est là que j’me rends compte que mon père et moi sommes drôlement différents. Sa bouche se trimballe un statut de millionnaire… tandis que la mienne se charrie celle de la pute du quartier. Mais au moins, j’me dis que je suis honnête avec moi-même.

C’est toujours ça…

Regrets scatologiques


Je pourrais pas expliquer le pourquoi de la chose mais dernièrement, je réalise que je verse dans la nostalgie facile. Intensément. C’est peut-être l’approche de la trentaine. C’est peut-être le fait que je deviens plus con et gros chaque jour. Même si je n’y vois aucun lien, j’aime me dire que c’est peut-être de la faute au réchauffement climatique…

Depuis quelque temps, j’ai recommencé à écouter du Guns N’ Roses. Je fredonne du Bon Jovi et Bryan Adams en me tapant la vaisselle. Je repense à des séries comme Daria et Beavis & Butthead avant de m’endormir. Je réfléchis à ce que sont devenus mes amis du secondaire. Je pourrais les retracer avec facebook… mais je préfère utiliser ce temps pour retrouver des vidéos pornos sur le web que je regardais lorsque j’étais cet ado maigrement laid et boutonneux obsédé par Back to the Future.

Pour une raison qui m’est aussi totalement inconnue, c’est en faisant l’épicerie et en fixant les boîtes de céréales que je repense aux centaines de filles à qui j’ai offert mon corps au secondaire… et aux deux idiotes qui ont accepté mon offre peu alléchante. Je serais prêt à parier les quinze dollars qui gonflent mon compte en banque que vous le regretter mes chères…

On peut presque dire que c’est officiel : j’me tape une mini crise de vie. La scène classique de l’imbécile de banlieue qui porte des bas en dessous de ses sandales. Ça serait pas trop grave si ça s’arrêtait à ces trucs mais le hic, c’est que je commence à me trimballer des regrets. Une tonne. Et ça, c’est le genre de chose qui envahit votre tête et qui la fait capituler.

Est-ce que j’aurais pu m’appliquer davantage à l’école et ainsi, m’offrir la chance d’exercer une meilleure profession? Absolument. Aurais-je du faire plus de sport pour ainsi exposer mon corps d’athlète sur les plages de Old Orchard? Oui monsieur. Aurais-je du dire non à la première bière qu’on m’a offerte? Mon cœur dit non mais mon foie hurle que oui. Est-ce que j’aurais pu me montrer moins égoïste et m’investir à 100% dans mes relations? Oui, oui et triple oui.

Ouais, toutes ces choses devraient un brin m’inquiéter et me forcer à entreprendre une réflexion sur mon existence… me pousser à devenir une meilleure personne. Mais le hic, c’est que je m’en balance. Pour être archi honnête et tout, je m’en fous royalement. Les regrets qui m’empêchent de dormir n’ont rien à voir avec ceux mentionnés plus haut.

Pour ceux que ça intéresse, les regrets qui hantent ma vie sont si accablants que j’me demande parfois si je pourrais passer à travers cette sombre période de mon existence.

Quand j’étais jeune et excité par tout ce que la vie sur terre pouvait m’offrir, j’me charriais trois rêves : faire caca dans un urinoir, coller ma langue sur un poteau gelé l’hiver et faire l’amour avec une grosse femme dans un bain de jello. Je pensais constamment à ces accomplissements et j’me disais que je serais un homme admirable si je réussissais à les mener à exécution.

Je croyais qu’on se souviendrait de moi si j’étais cet homme héroïque qui aurait le courage de faire un immense caca dans un urinoir. Je croyais que le premier ministre du pays créerait un jour férié en mon honneur si je collais ma langue sur un poteau gelé l’hiver. J’étais persuadé que toutes les femmes de la terre voudraient jouer avec mon petit soldat si elles apprenaient que je m’étais envoyé une grosse dame dépourvue d’amour-propre dans un bain de jello.

J'étais jeune. J’étais naïf. Je visais haut. J’avais des rêves titanesques. Le monde se voulait un terrain de jeu et j’étais sur le point d’en devenir le propriétaire.

Maintenant, je ne suis plus si jeune. Je suis blasé. Je vise le sous-sol. Mon plus grand rêve est d’entreprendre un sac de chips sans me sentir obligé de le terminer. Je suis propriétaire d’une voiture qui est moins dispendieuse qu’un pédalo. Si je suis devenu l’homme fade que je suis, c’est à cause de ce magnifique caca que je n’ai jamais pondu dans un urinoir; de ce poteau gelé qui attend toujours ma langue et de cette grosse madame qui espère recevoir une invitation à forniquer dans un bain de jello.

Oui, on m’avait prévenu que la vie était difficile… mais jamais j’aurais cru en baver autant.

Fichus regrets; fichu moi de m’être donné des rêves si impossibles à accomplir…