mardi 9 août 2011

Regrets scatologiques


Je pourrais pas expliquer le pourquoi de la chose mais dernièrement, je réalise que je verse dans la nostalgie facile. Intensément. C’est peut-être l’approche de la trentaine. C’est peut-être le fait que je deviens plus con et gros chaque jour. Même si je n’y vois aucun lien, j’aime me dire que c’est peut-être de la faute au réchauffement climatique…

Depuis quelque temps, j’ai recommencé à écouter du Guns N’ Roses. Je fredonne du Bon Jovi et Bryan Adams en me tapant la vaisselle. Je repense à des séries comme Daria et Beavis & Butthead avant de m’endormir. Je réfléchis à ce que sont devenus mes amis du secondaire. Je pourrais les retracer avec facebook… mais je préfère utiliser ce temps pour retrouver des vidéos pornos sur le web que je regardais lorsque j’étais cet ado maigrement laid et boutonneux obsédé par Back to the Future.

Pour une raison qui m’est aussi totalement inconnue, c’est en faisant l’épicerie et en fixant les boîtes de céréales que je repense aux centaines de filles à qui j’ai offert mon corps au secondaire… et aux deux idiotes qui ont accepté mon offre peu alléchante. Je serais prêt à parier les quinze dollars qui gonflent mon compte en banque que vous le regretter mes chères…

On peut presque dire que c’est officiel : j’me tape une mini crise de vie. La scène classique de l’imbécile de banlieue qui porte des bas en dessous de ses sandales. Ça serait pas trop grave si ça s’arrêtait à ces trucs mais le hic, c’est que je commence à me trimballer des regrets. Une tonne. Et ça, c’est le genre de chose qui envahit votre tête et qui la fait capituler.

Est-ce que j’aurais pu m’appliquer davantage à l’école et ainsi, m’offrir la chance d’exercer une meilleure profession? Absolument. Aurais-je du faire plus de sport pour ainsi exposer mon corps d’athlète sur les plages de Old Orchard? Oui monsieur. Aurais-je du dire non à la première bière qu’on m’a offerte? Mon cœur dit non mais mon foie hurle que oui. Est-ce que j’aurais pu me montrer moins égoïste et m’investir à 100% dans mes relations? Oui, oui et triple oui.

Ouais, toutes ces choses devraient un brin m’inquiéter et me forcer à entreprendre une réflexion sur mon existence… me pousser à devenir une meilleure personne. Mais le hic, c’est que je m’en balance. Pour être archi honnête et tout, je m’en fous royalement. Les regrets qui m’empêchent de dormir n’ont rien à voir avec ceux mentionnés plus haut.

Pour ceux que ça intéresse, les regrets qui hantent ma vie sont si accablants que j’me demande parfois si je pourrais passer à travers cette sombre période de mon existence.

Quand j’étais jeune et excité par tout ce que la vie sur terre pouvait m’offrir, j’me charriais trois rêves : faire caca dans un urinoir, coller ma langue sur un poteau gelé l’hiver et faire l’amour avec une grosse femme dans un bain de jello. Je pensais constamment à ces accomplissements et j’me disais que je serais un homme admirable si je réussissais à les mener à exécution.

Je croyais qu’on se souviendrait de moi si j’étais cet homme héroïque qui aurait le courage de faire un immense caca dans un urinoir. Je croyais que le premier ministre du pays créerait un jour férié en mon honneur si je collais ma langue sur un poteau gelé l’hiver. J’étais persuadé que toutes les femmes de la terre voudraient jouer avec mon petit soldat si elles apprenaient que je m’étais envoyé une grosse dame dépourvue d’amour-propre dans un bain de jello.

J'étais jeune. J’étais naïf. Je visais haut. J’avais des rêves titanesques. Le monde se voulait un terrain de jeu et j’étais sur le point d’en devenir le propriétaire.

Maintenant, je ne suis plus si jeune. Je suis blasé. Je vise le sous-sol. Mon plus grand rêve est d’entreprendre un sac de chips sans me sentir obligé de le terminer. Je suis propriétaire d’une voiture qui est moins dispendieuse qu’un pédalo. Si je suis devenu l’homme fade que je suis, c’est à cause de ce magnifique caca que je n’ai jamais pondu dans un urinoir; de ce poteau gelé qui attend toujours ma langue et de cette grosse madame qui espère recevoir une invitation à forniquer dans un bain de jello.

Oui, on m’avait prévenu que la vie était difficile… mais jamais j’aurais cru en baver autant.

Fichus regrets; fichu moi de m’être donné des rêves si impossibles à accomplir…

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