
Je suis monsieur bonnes intentions. Moi, je suis l’alcoolique et le batteur de femmes qui se réveille chaque journée à midi en se promettant devant une grosse bière tablette que c’est aujourd’hui, le jour d des jours d, qu’il va se métamorphoser en type bien. Malheureusement, comme mon alter ego invisible, je suis celui qui se dit qu’un régime ne se commence pas un mercredi. Je suis celui qui doit de l’argent à toutes les bibliothèques de la ville. Je suis celui qui emprunte une tonne de sous à sa mère en lui disant que c’est la dernière fois… tout en ne lui ayant pas remboursé les sept derniers chèques. En gros, je suis celui qu’on ne veut pas comme fils, ami, époux, père, voisin, gendre, neveu, connaissance et employé.
Ah! C’est bon d’être moi!
Ce matin, j’ai décidé de mettre mes priorités aux bonnes places. Fini de m’en faire avec le hockey, les Star Wars, les saletés en dessous des touches du clavier de mon ordi et le fait que Noel Gallagher ait quitté Oasis. Je vais assumer le fait que j’ai pratiquement trente ans. Hey : je pourrais même envisager de voter un jour. Paraît que c’est une sensation agréable. Ce matin, j’ai décidé que j’allais être un bûcheron de l’écriture. J’allais taper et taper sans relâche. Megan Fox se pointerait chez moi, les cheveux mouillés et détachés, en ayant attrapé cette terrible maladie qu’est la nymphomanie et elle exigerait que mon micro-pénis la guérisse? Désolé ma chérie : aujourd’hui, tonton Steve b bosse. Mon pénis n’aura qu’une fonction en ce lundi grandiose : celle d’uriner avec le peu de précision qu’on lui connaît.
Première gaffe? Bouffer une pointe de pizza à 10:13 am qui traînait sur le comptoir. J’ai tenté de me contrôler mais je vous jure ; la salope me parlait.
- Mange moi Steve.
- Je peux pas. C’est le matin.
- Le matin! Qu’est-ce qui t’arrive? T’es devenu une lopette?
- Personne… personne me traite de lopette!
Avec mon haleine matinale de peperoni – je remarque que ce dernier mot n’est pas dans mon dictionnaire word –, je décide de couper internet et le son de ma radio. La raison est plus que justifiable : j’me trimballe une capacité de concentration nulle à chier. C’est juste pas croyable. Une feuille qui tombe d’un arbre peut me faire décrocher du boulot et me troubler. Recevoir un coup de fil m’excite à un point tel que je dois me taper un verre de vin pour me calmer et reprendre le travail… mais comme mes verres chez moi sont très grands, j’me tape toujours une longue sieste avant de me remettre à la tâche.
Sans farce : internet est le pire fléau de ce siècle. Je perds un nombre incalculable d’heures sur le web que c’en est pathétique. Dernièrement, j’ai réalisé qu’on pouvait cacher l’historique de nos navigations. Merde! Personne aurait pu m’en glisser un mot avant? Ça m’aurait évité une tonne d’engueulades de couple. Je peux toujours m’encourager en me disant qu’au moins, je perds pas mes après-midi avec Mafia Wars sur facebook…
Donc, adios interneto pour aujourd’hui. Je dis également un bye empreint de nostalgie aux lignes ouvertes radiophoniques. J’adore ça! Les gens sont tellement cons que si c’est vrai que la fin du monde approche, je crois qu’on l’aura juste mérité. Je suis aussi en amour avec ceux qui se plaignent qu’il y a trop d’Européens chez le CH… et qui ne jurent que par Ovechkin, Malkin et Chara. Là, je viens de perdre le peu de lectorat féminin qui est tombé sur mon blog par erreur.
Prêt à bosser, je m’installe devant mon ordi, motivé à pondre la plus géniale merde de ma vie. J’ai soif. L’internet me manque. Et si une guerre avait éclatée et que les Coréens débarquaient chez moi? J’aurais eu le temps de me cacher grâce au web. Je rebranche ma connexion et vais faire un tour rapide sur mes quarante-neuf sites favoris. Bon, c’est le temps de passer aux choses sérieuses. Après mon prochain pipi. J’me demande si mon courrier est arrivé. Pas de lettres? Hum, je vais y retourner tantôt. Prêt à bosser. L’internet me manque. Et si Bob Gainey avait procédé à une transaction? Et si un club était déménagé à Québec? Je serais le dernier idiot à le savoir! Je rebranche ma connexion, vais faire un tour rapide sur mes quarante-neuf sites favoris et je reprends le boulot. J’ai oublié de me brosser les dents. Me fixant dans le miroir, je prends une grande décision : celle de me faire pousser la barbe. Ça cachera mes trente-sept mentons. De retour devant mon écran. J’aimerais regarder la télé. J’aimerais faire des commentaires sarcastiques devant un feu d’artifices en mangeant un pogo… à condition que ça soit marqué pogo sur le bâton. J’aimerais me coucher sur le sol, lancer une balle au plafond et me demander si je connais les cinquante états américains. J’aimerais que la perte de mon pucelage ait été plus géniale.
Et c’est là qu’un truc se produit : une mouche me chatouille le cul. Pas par-dessus mes jeans ou mes boxeurs ; mais à l’endroit même où il ne fait jamais clair. Malgré l’expansion effrayante de mon postérieur, j’me charrie plutôt une petite taille. Conclusion de la chose? Des jeans qui ne me font jamais, une craque permanente de plombier et une copine qui déteste lorsque j’attache mes lacets en public. Je chasse la mouche de mon arrière-train. Mais la pute n’a pas dit son dernier mot. Elle en veut plus. Elle veut ma peau. Elle veut Steve b.
J’me rends compte que je pue. C’est peut-être ça qui l’attire? Après une douche, du déo et des nouveaux vêtements, je reviens à l’ordi. Je suis un nouvel homme. Un esprit malsain dans un corps malsain… mais propre. Mais la garce revient! Sur mes doigts, mes oreilles, mes coudes innocents qui n’ont jamais fait de mal à personne. Je vais chercher le bottin téléphonique pour l’écraser mais comme j’habite à Sherbrooke, les dommages seront minimes. J’ouvre la fenêtre. Mais quel con! Une deuxième arrive. Je prends un dictionnaire et remarque que l’une d’elles traîne sur ma bibliothèque de disques. Elle se repose sur un cd d’Iron Maiden. Fear of the dark pour être précis et geek. Comme j’ai la dextérité d’un paraplégique, elle s’enfuit en voyant mes longs doigts efféminés. Et je réalise une chose : ça fait longtemps que j’me suis pas tapé du Maiden. Je met le disque et fais ce que n’importe quel homme normal de mon âge ferait : du air guitar au milieu de mon salon. Mes rideaux sont ouverts? J’habite devant une résidence pour personnes âgées? Rien à foutre. Je suis guitariste d’Iron Maiden. Ils me laissent même faire des back vocales! Vous parlez d’un groupe cool…
Au moment d’écrire ces lignes, le temps a passé, les deux mouches cherchent encore la confrontation, j’ai rebranché une quinzaine de fois ma connexion internet, rien de majeur sur la planète ne s’est déroulé, je suis retourné à la poste trois fois, ai uriné souvent et mangé des chips en écoutant les lignes ouvertes.
Moi, c’est ce que j’appelle une sacrée belle journée productive…