vendredi 1 mai 2009

Courte nouvelle "Laurence pas trop belle"


C’est l’histoire de la femme la plus perverse au monde et du pire des imbéciles jamais connu.
Alors, lumières, caméra, action.
Tous les gars de mon quartier avaient bizarrement dit adieu à leur pucelage avec la même fille ; Laurence pas trop belle, une petite puce qui se trimballe aucun amour-propre à ce qui parait. Mais pas moi. Elle m’avait pas offert ce privilège. Même le petit rouquin anorexique qui dit des p au lieu des b avait expédié la dame au septième ciel de l’Iowa. Ça devenait embarrassant. Il fallait réagir. Dans le très maintenant.
Je suis donc allé faire un tour chez une sorte d’ami que j’avais, question de préparer le terrain. Bien entendu, il la connaissait en parfaite profondeur.
- Wow! T’as pas perdu ton pucelage? Ok … j’te dirais qu’avant de t’embarquer là-dedans, tu dois savoir quelques règles.
- Ah ouais? que je fais. Comme… ?
Si j’avais un calepin, je prendrais des notes. Mémo à moi-même : me procurer un calepin.
- C’est des règles immanquables. Quand elle est sur le point de devenir folle d’excitation et que tu sens que tu contrôles à fond la situation, tu dois crier de toutes tes forces AUX AGGUETS!!!
- AUX AGGUETS?
- Ouais. Et petit truc comme ça : prépare toi une bonne doses de saloperies.
Quelques jours plus tard, je tombe sur ma princesse qui dégage en permanence cette odeur de sexe et bonbon au Corona, un petit bar de quartier fréquenté en majorité par des gens qui sont devenus des hommes grâce à elle. Alors je lui paye un verre et je multiplie ce nombre jusqu’à temps que mon portefeuille me supplie de le réanimer. Bon sang. Je vois plus très bien. Je la trouve presque un peu jolie ma Laurence pas trop belle. Disant adieu à mes inhibitions et réalisant que mon amour-propre a pris le bus sans moi vers une destination inconnue, je lui propose de faire connaissance avec la toilette des hommes. Elle me dit qu’elle les connaît très bien. En revanche, celle des femmes lui sont plutôt inconnues.
- Allez hop, cow-boy! qu’elle me dit.
Alors sans rentrer trop dans les détails, je lui lance sur place un truc un peu dégoûtant.
- Oh oui!!!
La confiance gagnant, je grimpe d’une coche dans la vulgarité. Y’a pas de quoi rendre sa mère fière.
- Oh oui!!!
Et c’est là que j’me rends compte que ma banque de donnés est épuisée. À sec.
- T’arrête pas. Mais qu’est-ce qui se passe?
Il se passe que mon puit d’insultes a un fond. Je suis catholique moi tu sauras. L’heure est plutôt grave. Je lui grogne d’une voix des cavernes des consonnes à l’oreille, mais on voit bien que c’est pas suffisant. Heureusement, on m’a appris à réagir avec calme et subtilité lors des moments intenses durant ma jeunesse. Malheureusement, on me l’a juste mal enseigné.
- Tu sais, l’orgasme d’un cochon dure 30 minutes.
Début de refroidissement.
- C’est chouette, tu trouves pas?
L’ère glaciale est annoncée. Il faut parer, réagir, contre-attaquer.
- Quand même, quand on y pense, ils ont la belle vie les lions. S’accoupler 50 fois par jour. Wow!
Congélation totale. Même cet arriéré de Walt Disney l’est pas autant.
- Tu sais que le sexe est le meilleur moyen pour perdre des calories? Mais tu peux aussi en dépenser 150 en te frappant la tête contre un mur pendant une heure. Ça peut te paraître cinglé, mais y a une fille, dont je me rappelle plus très bien le nom, qui a essayé…
Je m’écoute plus parler. Mes lèvres bougent, mais le volume est sous zéro. Y a cette légende urbaine sur ma famille : elle raconte notre extraordinaire capacité à s’enfoncer plus profondément que le commun des mortels. Alors qu’elle me regarde comme un déficient profond (à vrai dire, elle me regarde comme si je lui avais parlé de l’orgasme du cochon et de l’accouplement des lions), j’me rends compte qu’il me reste quand même un truc à faire avant de baisser définitivement le drapeau. Et c’est …
- AUX AGGUETS !!!
C’était l’histoire de la femme la plus perverse au monde et du pire des imbéciles jamais connu.

La mascunilité


Y’a un quelque chose que je dois illico avouer : j’me sens pas trop viril comme homme. Salope comme elle peut parfois l’être, la vie m’en donne la preuve tous les jours. À la naissance de ma fille, j’ai tellement vomi que les infirmières se sont plus occupées de moi que de ma douce moitié ; j’me suis battu contre moi-même pour pas fondre à la fin de « Titanic » et tous mes commentaires sarcastiques sur le film sont faux, il faut enfin que la vérité triomphe ; quand j’me laisse pousser la barbe, des boutons se mettent à décorer ma face ; j’aime pas écouter un film d’horreur tout seul ; je laisse ma blonde clouer tout ce qui se doit d’être cloué et enceinte jusqu’au bout des sourcils, elle a installé en solo la tapisserie de cuisine … je parle même pas du berceau de bébé à monter ; quand j’me fâche, ma voix devient tellement aigue que je semble avoir oublié cette phase de la vie qu’est de muer ; si je bois et que je suis malade, je met le blâme sur la nourriture que j’ai ingurgitée ; je pisse parfois assis car on m’a dit que ça aide à botter le cul au cancer de la prostate ; mon activité physique la plus épuisante est de taper des conneries sur mon ordi ; après 7 secondes intenses de sexe inoubliables, j’ouvre le réservoir et je pleure comme une fillette (c’est pas vrai, je suis sexuellement parlant moins performant que ça) et si j’me lève la nuit pour donner la suce à ma fille (ce que je fais pas mais si je le faisais), j’oserais jamais regarder vers le salon, de peur d’y voir un fantôme qui se berce sur ma vieille chaise laide.
Honnêtement, j’ai entrepris y’a pas trop longtemps quelques efforts pour devenir un vrai mec. 1ère étape : regarder plus souvent le hockey avec d’autres gars. La testostérone à l’état pure. Ce fut une réussite presque désastreuse. Quelques copains se sont pointés – youppie –, mais je leur ai rappelé durant toute la soirée de parler moins fort, question de pas réveiller le bébé.
J’me suis acheté aussi un manteau à carreaux, style bûcheron. J’aime la sensation virile et sauvage que ça m’apporte. J’ai même rencontré un type avec qui j’allais au secondaire et il m’a demandé si j’étais devenu bûcheron. J’étais fier pas à peu près. Imaginez sa déception quand je lui ai raconté que j’avais plutôt écris un livre que presque personne a lu et que je concevais des séries télé que personne veut produire. Un manteau à carreaux? 95$. La déception sur un visage qu’on a pas vu depuis 10 ans? Ça n’a pas de prix.
J’ai assisté à un show punk pour me prouver que j’avais encore une fougue de jeunesse et des couilles en cryptonite. Toute une soirée, faut l’avouer. Mais quand j’ai suivi les conseils platoniciens de mon ami d’aller dans le « Mosh Pit » et de faire un peu de « Body Surfing », ça pas pris 3 secondes avant que je reçoive un coup et que je perde mes lunettes. Je les ai pas retrouvées. Quand le courage s’est pointé au rendez-vous et que j’me suis enfin décidé à me faire transporter à bouts de bras, une seule pensée traversait mon crâne : celle de pas perdre mon portefeuille. Et celle de me faire effleurer le pénis le moins possible par des gars. J’étais moyennement fixé sur les filles par rapport à la question.
Il faut parfois hisser le drapeau blanc et capituler lors d’une vie. Je serais jamais un homme imposant, poilu, effrayant et qui impose un respect dictatorial. C’est pas grave je suppose. Moi, au lieu d’exiger à ma douce qu’elle me fasse un sandwich après 5 mémorables déhanchements de bassin, j’me mets à pleurer.
Mais ta gueule Steve!

Être désagréable dans la vie


Je suis un rabat-joie. Je veux dire, je suis négatif, c’est officiel. Je suis une personne hautement désagréable. Mais en ces jours ensoleillés qui m’emmerdent et qui me font regretter l’hiver, j’me rends compte à chaque microscopique seconde à quel point c’est chiant d’être le demi homme que je suis. Des exemples?
Quand ma petite fille s’émerveille devant des moustiques, moi j’arrête pas de penser au fait que ces salaud peuvent me transmettre le sida ; quand je vois des verres de terre séchés sur l’asphalte, j’me dis qu’ils sont cons, qu’ils méritent leur sort et qu’avec le temps, ils devraient apprendre à pas trop s’éloigner de leur chez soi ; quand je tombe sur une femme enceinte, je peux juste penser au fait que la petite dame est plus vierge et j’me demande dans quelle position elle a conçu le bébé ; si un copain se trouve un nouveau travail, je prie pour qu’il gagne moins d’argent que moi ; s’il se déniche une nouvelle copine, j’espère de tout mon cœur noir qu’elle sera aussi moche qu’un camion en panne dans le désert ; quand quelqu’un fait caca chez moi, j’aime lui faire remarquer que ma salle de bain fut déclarée zone sinistrée pendant une semaine ; quand un hippie tente de me conscientiser sur le réchauffement planétaire, moi j’me dis juste que ça va me faire moins de vêtements chauds à acheter ; si on me conseille d’aller voir un film, je fais exprès pour voir celui qui joue dans la salle à côté ; si ma conjointe vomit, je monte le son de la télé ; j’me dis que l’avantage avec les enfants moches, c’est qu’ils se trimballent aucune chance de se faire kidnapper ; quand j’éjacule rapidement, j’me rassure en me disant que moi j’ai eu du plaisir et que c’est le plus important ; j'exige toujours des sacs en plastique à l'épicerie ; si je croise une personne aveugle, je lui parle automatiquement plus fort ; quand je rencontre une lesbienne, j’espère la chavirer et la faire changer d’orientation ; si je tombe sur une ancienne copine, j’me croise les doigts pour qu’elle ait pris trois cents livres et que son nouveau copain ait un micropénis ; à chaque 23 octobre, je rappelle à ma blonde qu’il s’agit de l’anniversaire de la perte de mon pucelage ; j’aime dire à quelqu’un qui vient d’échouer une chose que si ça avait été de moi, ça aurait fonctionnée ; j’aime mettre ma récupération dans les poubelles pour faire chier mes voisins ; faire remarquer à un recteur que le nom de sa profession ressemble étrangement au mot « rectum » ; raconter la fin d’un film à quelqu’un qui est impatient de le voir ; avoir un pseudonyme sur Internet et insulter des no life comme moi partout sur la planète ; rappeler aux fans des Nordiques que mon club à moi, il est toujours à Montréal ; raconter à des gens de gauche que mon idole est George Bush ; faire remarquer aux souverainistes qu’il est écrit « Canada » sur leur passeport ; les couchers de soleil me rendent triste car l’heure de dormir approche et les levers de soleil me confirment qu’une longue journée emmerdante m’attend ; j’aime dire à quelqu’un qui s’achète une voiture neuve qu’un jour, elle sera laide, vieille et puante ; conseiller aux gens qui affirment que les jeunes sont l’avenir d’aller visiter une classe de troubles de comportement et dire à la mère de ma fille que si elle s’était montrée plus patiente, elle aurait pu trouver drôlement mieux que moi.
Ouais. C’est comme ça qu’on est désagréable dans la vie.

Je veux des amis


J’ai vingt-sept et pour être un tantinet honnête, je suis plutôt rejet. J’aime pas trop sortir de chez moi et je crois que j’aime pas les gens. Empêche que ça titille ma fibre d’excitation l’idée de me faire de nouveaux copains. Vous savez, des petits timbrés nonchalants dans mon genre qui détestent tout et qui se montrent sarcastiques devant un coucher de soleil. Un grassouillet roux ou – dans mes fantasmes ultimes – un nain qui riraient de mes plus mauvaises blagues et des mes théories d’arriéré modèle – comme celle dans laquelle j’affirme que les dauphins de parc aquatique possèdent une chance énorme de se trimballer un travail contrairement à leurs concitoyens chômeurs et libres –. Encore mieux : un type qui porte des chemises carrotés comme moi et qui semble constamment chasser les orignaux. Un type en qui j'aurais confiance, à qui je pourrais confier que j'ai déjà eu la diarrhée au sommet de mont Orford quand j'avais douze ans.
Pour tout dire, je suis un mauvais ami. On peut même affirmer pas trop fort que j’me veux exécrable dans le domaine de l’amitié. J’exige beaucoup en donnant peu. Il faut m’appeler souvent mais pas trop ; me faire des surprises de temps en temps mais respecter mon intimité ; s’informer à savoir comment vont mes filles ; rire de mes blagues de façon si sincère que j’me prends réellement pour un type amusant ; jamais oublier mon anniversaire et me complimenter quand je suis déprimé.
Et moi dans l’équation? Je veux dire, qu’est-ce que je fais quand on répond à ma liste d’exigences? Rien. Absolument rien. Je réponds au téléphone que lorsque j’en ai envie – merci Allah pour l’afficheur – ; j’annule les sorties à la dernière seconde ; j’oublies les fêtes et occasions spéciales ; je fige quand on me confie un secret mais j’accepte de ne le dire à personne ; je le dis aussitôt à ma conjointe ; je donne des coups de poings sur l’épaule lorsque je devrais flatter dans le dos et lorsqu’on cesse de parler de moi, je fais semblant d’écouter tout en pensant à des filles nues qui ont une envie folle de découvrir le mini truc qui se cache sous mes boxers.
Certains ont encore envie d’être amis avec moi?

Petites capsules...



Deux hommes font du pouce. Une voiture s’arrête. Les deux embarquent sur la banquette arrière. Une vieille dame est au volant.

Premier homme
Merci énormément madame de nous avoir pris. Ça faisait au moins une bonne heure qu’on attendait là. Y commençait à faire froid.

Le deuxième homme se met à cogner sa tête sur le siège de la vieille femme.

Deuxième homme
J’espère que la police trouvera pas le cadavre de l’autre femme, j’espère qu’y trouveront pas. Je dois arrêter de tuer, arrêter de tuer. Un dernier meurtre, c’est tout. Je vais tuer une dernière femme et mon pacte avec Satan va être réglé.

La femme, paniquée, stoppe le véhicule, hurle et sort de la voiture à toute vitesse.

Premier homme
Pourquoi faut que tu fasses toujours ça ?

***

Des gens assistent à une conférence. Ils semblent excités. On voit une pancarte sur laquelle est inscrit « Conférence sur comment faire de l’argent à coup sûr. 35$ ». Un homme arrive au micro.

CONFÉRENCIER
Alors, vous êtes là pour savoir comment on fait de l’argent? Facile ! Merci tout le monde.

Le conférencier prend tous les chèques et les billets de banque que les gens ont apportés et part en courant.

***

Un homme rentre chez lui avec du courrier. Soudain, il fige.

Homme
Wow les gars! En cinq minutes, vous avez peinturez, changez les interrupteurs de place et achetez des nouveaux divans ?

Il voit deux vieillards sur le sofa.

Homme
Richard ! Hugo ! Mais qu’est-ce qui vous êtes arrivés ? Comment vous avez pu vieillir de soixante ans comme ça ? Qu’est-ce qui s’est passé pendant que j’ai été chercher le courrier ? Est-ce que… oh ! Je pense que j’me suis trompé de maison. Désolé.

***

Un homme est avec une fille dans une chambre. Semblant très attirée vers lui, elle se met à quelques centimètres de son visage.

Fille
Dis-moi un secret. Tsé, quelque chose que t’as jamais dit à personne.

Homme
Un secret, un secret ? Ben, pour une raison qui m’échappe, fouille-moi pourquoi, c’est un mystère, j’ai toujours la main droite qui sent le vomi. Sens.

Il met sa main près du visage de la fille. Abasourdie, elle recule.

Homme
Mais quoi ? Faut que j’aille méchamment confiance en toi pour t’avouer ça.

***
Un avion dans une tempête. La fin est proche et les passagers paniquent. La plupart des gens prient. Un homme, à côté de sa femme, en a assez.

Homme
Tu sais quoi ? Ça fait ben longtemps que je t’aime pu. J’ai pas l’intention de mourir à côté d’une grosse conne comme toi qui me rend pu heureux depuis dix ans !

Il se lève et embrasse farouchement une femme plus jeune. Il se déshabille.

Homme
(Hurlant) Vous savez ce que j’ai toujours rêve de faire bande de caves ? Me mastur…

La tempête cesse et l’avion retrouve sa stabilité. Tout le monde le regarde. L’homme aurait préféré que l’avion s’écrase.

***

Alex est à un entretien d’emploi. L’employeur lit son dossier.

PATRON
Votre c.v. est plutôt impressionnant Alex. Chef d’une chorale pour enfants des quartiers défavorisés. Missionnaire en Afrique pendant votre adolescence. Bénévolat pour personnes âgées. Bon, je crois qu’on a terminé. Je suis convaincu. Je pourrais avoir votre adresse courriel ?

ALEX
Pas de problème. C’est le : Alex… bébéseratonhommetoutelanuitohyeahbabyiwillmakelovetoyoulikeapornostarscreambitchscreamcauseimapimpdontfuckwithmecauseihaveagun…

Sidéré et ayant arrêté de noter, le patron regarde Alex, les yeux gros.

ALEX
@hotmail.

***

Le même Alex est à un autre entretien d’emploi.

Patronne
Est-ce que vous vous connaissez des défauts Alex?

Alex
Oui, c’est sûr. Comme tout le monde, des petites choses banales.

Patronne
Comme…

Alex
Hum. C’est tellement pas particulier. Je dirais que je suis du genre à casser des choses quand ça va pas à mon goût. J’ai rien contre le fait de prendre un verre le matin. J’ai une phobie des obèses, je suis du genre à profiter des avantages sociaux, je suis un peu sexiste, je pue de la bouche, j’me brosse pas toujours les dents, j’haïs les roux et les chauves, je suis pas du tout perfectionniste, je porte souvent les mêmes vêtements, je rie toutes les fois que je vois un nain et... ben, je dirais que c’est pas mal ça. Les petites choses banales.

***

Salle d’attente d’un cabinet de psychologue. Deux hommes attendent pour leur consultation. Une fille sort en pleurant du bureau du psy.

Psy
Hey! Devinez qui vient d’attraper une chlamydia et qui s’est fait traitée de petite pute par sa mère ?

***

Vêtements déchirés et semblant sur le point de mourir, un homme sort d’une forêt avec le chien. À bout de souffle, il arrive devant un poteau de téléphone et y voit un avis de recherche. C’est pour le chien. On y offre une forte récompense. Rien sur lui.

L’homme
Ah, c’mon!

***

Un homme et une femme sont dans une chambre. Elle s’approche de lui, lui tend la main et l’emmène vers le lit. Il s’arrête et regarde son entrejambe.

Homme
Oh! Au moins j’ai eu mon fun.

***

Un homme et une femme se trouvent à un concours d’épellation. La femme est au micro.

Voix d’homme
Pour votre premier mot, veuillez épeler le mot « Ami ».

Fille
Pourrais-je avoir une définition ?

Voix d’homme
Certainement. L'amitié est une inclination réciproque entre deux personnes, ou plus, n'appartenant pas à la même famille.

Fille
Ami? A-M… euh… i ?

Voix d'homme
C’est exact! Wow ! Bravo! Monsieur… pour votre premier mot, veuillez épeler SAULXURES-SUR-MOSELOTTE.

Homme
Pourrais-je avoir une définition ?

Voix d'homme
Une définition ? Non mais vous êtes sans-dessein à ce point-là ?

***

Un souper de famille. Marc est avec son amoureuse chez les parents de cette dernière. C’est silencieux et l’ambiance semble lourde.

Marc
Vous savez que votre fille s’est fait percer le clitoris?

Son amoureuse
Marc !

Marc
C’est une blague. Vous trouvez pas qu’est plus drôle que celle des pénis de noirs ?

***

Un homme est chez le proctologue. Ce dernier fait son travail.

Homme
Ah! Maintenant je vais pouvoir comprendre la douleur que ressentait les jeunes garçons que je sodo…

L’homme est menotté au sol par deux policiers.

Homme
(Hurlant)
Pour la millième fois : c’était juste une joke!

***

Un homme fait un dessin sur une grande feuille… façon « Fais-moi un dessin ». Il dessine une vache. Ses trois amis sont sur le sofa.

Homme
C’est quoi? Vous avez une idée? Hein ?

Premier ami
Un bateau ?

Deuxième ami
Un fantôme ?

Troisième ami
Anne-Marie Losique ! Oh non, je l’ai déjà dit ça.

***

Un homme et une femme sont au restaurant.

Homme
Tsé, t’es spéciale. Vraiment spéciale. Pas spéciale comme la petite autobus pour enfants spéciaux qui suit la grosse pour enfants normaux quand t’es à l’école. Tsé, je pense à toi souvent. Souvent même tout le temps.

Femme
C’est pas une chanson de chose qui sait pas parler français ça, le Gaspésien ?

Homme
Wo ! C’est la première fois que j’en pogne une qui connaît son répertoire québécois.

***

Un homme et un ado sont assis dans une salle d’attente. La secrétaire parle au téléphone.

SECRÉTAIRE
J’ai un test pour toi. La mère d’une ado meurt. Aux funérailles, à l’aperçoit un homme qu’elle avait jamais vu. Immédiatement, à tombe amoureuse de lui. Le coup de foudre. Quelques jours plus tard, la jeune fille tue sa sœur. La question que j’te pose : pour quel motif elle a tué sa sœur?

ADO

(Parlant pour lui-même) À l’espérait que le gars se pointe encore aux funérailles.

SECRÉTAIRE
À l’espérait que le jeune homme se présenterait de nouveau aux funérailles.

L’homme regarde l’ado avec admiration.

SECRÉTAIRE
Ça été prouvé que ceux qui répondaient correctement pensaient comme des psychopathes. Plusieurs tueurs en série ont répondu correctement à la question.

Mal à l’aise, l’homme tente de se tasser de l’ado.

***

Deux amis sont dans une voiture. Celui sur le siège passager passe un joint au conducteur.

Conducteur
Nah ! Je pense pas que ça soit une bonne idée.

Passager
C’mon ! C’est un joint. C’est aussi inoffensif que de fumer du gazon. Sois pas moumoune…

Le conducteur prend le joint.

Une clinique vétérinaire. Le conducteur et le passager rentrent, en tenant un corps humain.

Conducteur
(Hurlant) Y nous faut un vétérinaire de toute urgence. On a frappé un chevreuil avec mon auto.

***

Dans le stationnement d’une épicerie, Denis gare sa voiture. Il est avec un copain.

Denis
J’en ai pour maximum quinze minutes. Je te rapporte quelque chose?

Son ami hoche que non. Denis part. Son ami sort sa tête de la vitre.

Ami
(Parlant comme un handicapé) Non papa, abandonne-moi pas! Je serais sage à partir de maintenant, je te le jure. J’ai pas fait exprès pour être handicapé. Reviens papa, REVIENS!

Des gens, dans le stationnement, regardent Denis avec dégoût.

***

Un homme est dans un ascenseur avec une femme enceinte.

FEMME ENCEINTE
Oh non! Je viens de perdre mes os!

Relax, l’homme sort un papier de sa poche et un stylo. Il marque quelque chose et donne le papier à la femme.

HOMME
Ok. Je connais les trucs de séduction. C’est mon numéro. Si jamais vous faites rien cette semaine… je vous promets rien de sérieux, donc faut pas vous faire trop d’attentes pour l’instant.

***

Un homme est avec une femme dans la chambre de celle-ci. Regardant un peu partout, il remarque un dildo sur son bureau. On le sent aussitôt mal à l’aise.

FEMME
Tu veux écouter un peu de musique? J’ai une pelleté de disques… t’as envie de quoi?

HOMME
Me semble que je dirais pas non à du Bob Dildo? Dylan je veux dire. Bob Dylan.

***

Une femme arrive dans sa cuisine. Elle s’arrête, sous le choc. Son mari a les jeans aux chevilles et son pénis dans une tarte.

Mari
Devine quel film j’ai loué chérie?

***

Un libraire place des livres dans une rangée. Un homme étrange s’approche de lui.

L’HOMME
Est-ce que vous avez des livres sur Ben Laden?

LIBRAIRE
Je crois, ouais. Faudrait que je vérifie.

L’HOMME
Pis des livres sur la physique et la chimie? Vous devez avoir ça?

LIBRAIRE
(Hésitant) Euh…

L’HOMME
Vous devez tenir aussi des livres sur la fabrication d’explosifs?

Paniqué, le libraire laisse tomber ses livres et se met à courir… tout en hurlant.

L’HOMME
Ça marche tout le temps.

Scénario d'un court-métrage "Edgar"

Voici l'histoire d'un homme simple... et de son perroquet.


Intérieur – appartement – après-midi

Martin est en mode ménage. Sous l’œil attentif d’Edgar, son perroquet, il nettoie son appartement de fond en comble. Il enlève toutes les choses gênantes qu’il possède et les cache dans une armoire : figurines, posters de « Star Wars », mangas, sa bague qui contient des inscriptions elfiques, ses épées, films d’animation, la boîte de mouchoirs à côté de son lit et son pyjama de « Alf l’extraterrestre ». Martin regarde ce qu’il accomplit. L’appartement parait à moitié vide. Edgar semble bien songeur.


Intérieur – salon – après-midi

Martin, torse nu, dans son salon, fait quelques push-up. Edgar est posé sur son dos.

Martin
Comment tu me trouves ?

Edgar
Gros.


Intérieur – salle de bain – soirée

Martin est devant le miroir de la salle de bain. Bien rasé, bien coiffé, il boutonne sa chemise. Il parait très bien.

Martin
Comment tu me trouves ?

Edgar
Eurk !

Martin
Non, mais qu’est-ce que t’as aujourd’hui ?

Edgar regarde dans une autre direction, comme s’il boudait.

Martin
T’as pas envie d’avoir une maman ?

Edgar
Non. Papa. Edgar.

Martin
Je suis sûr qu’on va l’aimer. La maman de ton papa a dit que c’était exactement la femme qui lui fallait.

Edgar
Femmes, caca.

Martin le regarde étrangement. La sonnerie à la porte de l’appartement se fait entendre.


Intérieur – appartement – soirée

Martin va répondre à la porte. Edgar est sur son épaule droite. Une jolie fille du nom de Zoé se tient devant eux.

Martin
Salut. Zoé ? Rentre.

Zoé
Merci. Je vois que t’as un ami.

Martin
Ouais. Y s’appelle Edgar. Dis « bonjour » Edgar.

Edgar se tourne la tête, boudant une fois de plus.

Martin
Y est gêné. C’est plutôt rare qu’on a de la visite. En général, faut presque se battre avec pour qu’y se la ferme.

Zoé éternue.

Martin
T’as la grippe ?

Zoé
Non, non. Ça va paraître un peu bizarre, mais je suis allergique aux plumes.

Edgar se retourne immédiatement vers elle. La caméra s’approche de ses yeux. Il semble déjà la détester.

Martin
Je peux le mettre dans sa cage si tu veux ?

Zoé
Non, ça va être beau. Je traîne toujours mes médicaments pour mes allergies.

Edgar part de l’épaule de Martin et se pose sur celle de Zoé. Il la fixe intensément. Elle ne semble pas super à l’aise.

Martin
Oh, oh ! J’en connais un qui t’aime.


Intérieur – cuisine – soirée

Martin et Zoé sont à table. Martin a accompli tout un travail : chandelles, belle nappe… et assiettes en cartons. Edgar est sur son perchoir, pas très loin d’eux. Il les observe. Martin verse du vin dans les deux verres en carton.

Martin
Santé.

Zoé
Santé.

Elle regarde un peu l’appartement, remarquant des rangés vides dans la bibliothèque et des traces blanches sur les murs qui indiquent que des posters ont été enlevés.

Zoé
Tu viens de déménager?

Martin
Non. Ça fait trois ans je dirais.

Silence. Les deux ne sont pas hyper à l’aise.

Zoé
Ta mère m’a parlé que t’as eu un accident ou un truc du genre ?

Martin
Elle t’a pas parlé d’affaires trop gênantes j’espère ?

Zoé
Ben, ça dépend. Mais rien de plus gênant que d’organiser une date à deux personnes qui se sont jamais vues.

Martin
Ouais, vu comme ça. Pour l’accident, j’te dirais que c’est assez niaiseux. J’avais décidé de me remettre au skateboard, j’étais vraiment bon plus jeune, et j’me suis pété sévèrement la clavicule.

Zoé
Ouch.

Edgar se penche la tête, songeur par rapport à la conversation. La caméra se dirige vers ses yeux.


Intérieur – salon – après-midi

C’est un flash-back du point de vu d’Edgar. Martin, costumé en jedi, tient un rayon laser et exécute des mouvements de combat. L’un de ses mouvements tourne mal et il tombe.

Martin
Oh tabar…


Intérieur – cuisine – soirée

Retour à Martin et Zoé qui sont à table.

Martin
Ça l’a fait en sorte que j’ai passé, quoi, grosso modo, deux mois sur le sofa à pas vraiment bouger.

Zoé
Ça devait être déprimant ?

Martin
Assez. J’ai dû arrêter de travailler, lâcher mon club de Donjons et… ouais, pis mes amis qui venaient me voir chaque jour ont réduit pas mal leurs fréquences. Une chance que j’avais Edgar. On s’est dont bâti une petite routine relaxe. Mais là, comme je retrouve la forme, je vais être en mesure de recommencer à travailler et ravoir un peu plus une vie normale. C’est Edgar qui va sûrement trouver ça un peu plus tough...

Edgar semble fâché par cette réplique. Il vole jusqu’à l’armoire dans laquelle Martin a caché toutes ses choses gênantes. Avec son bec, il cogne sur la porte. Martin lui fait des petits regards furtifs qui lui disent de dégager de là.

Zoé
Qu’est-ce qui fait ?

Martin
Oh, y est fatiguant. Y veut… sa balle.

Zoé
Sa balle ?

Martin
Ouais. Y faut que je la cache sinon, on en a pour la soirée à lui lancer constamment. Ça devient long.

Zoé
Wow ! Y est vraiment spécial ton perroquet.

Edgar
(Au loin) Edgar !

Martin
Et merde. Euh, ça va te sembler un peu bizarre, mais y aime pas ça qu’on lui rappelle qui est un perroquet. Je crois qui a eu des traumatises d’enfance et faut toujours l’appeler Edgar.

Edgar
(Au loin) Papa ! Papa !

Martin
Excuse-moi. Je vais juste aller le voir quelques secondes. C’est con, mais c’est un petit bébé. Genre, ben miniature.

Zoé
Je comprends. Vas-y, y a pas de problème.

Martin part. La caméra reste sur Zoé, qui entendra toute la conversation.

Martin
Est-ce que ça va ?

Edgar
Pas perroquet !

Martin
Je sais. Zoé savait pas.

Edgar
Moi, jedi. JEDI ! JEDI !

Martin
Ouais, t’es un jedi. T’es un bon jedi.

Zoé semble trouver le tout plutôt drôle. Martin revient. Edgar est sur son épaule.

Martin
Ça va.

Zoé
C’est un… jedi ?

Martin
Ouais. C’est… y paraît que c’est ben commun chez les perroquets du genre de se prendre pour un jedi. Je trouve ça ridicule. Un jedi.

Zoé
C’est cute. J’aime ça, moi les « Star Wars ».

Martin
Oh ouais ?

Les deux se sourient. On sent pour la première fois de la soirée qu’une belle complicité s’installe.


Intérieur – salon – soirée

Martin et Zoé sont sur le sofa, près de l’autre, regardant un film. Ils boivent du vin. Edgar est sur son perchoir, regardant la scène. Il semble dégoûté.

Edgar
Bisous papa, bisous.

Martin monte le son de la télé. Edgar, voyant que ça ne fonctionne pas, vole jusqu’à l’épaule de son maître et place son bec près de son oreille.

Edgar
T’aime papa.

Martin
T’es un peu achalant là.

Triste et déçu, Edgar retourne à son perchoir. Il les observe à nouveau. Ses yeux deviennent gros quand il remarque que Zoé met sa main sur celle de Martin. La caméra s’approche des yeux d’Edgar.


Intérieur – salon – soirée

C’est une vision du future du point de vu d’Edgar. Martin et Zoé sont sur le sofa et s’embrassent. Edgar se pose sur l’épaule de Martin. Zoé éternue.

Zoé
Oh non, j’ai oublié mes médicaments.

Martin
Pas grave ; je vais le mettre dans sa cage.


Intérieur – salon – soirée

C’est une autre vision du future du point de vu d’Edgar. Martin et Zoé sont sur le sofa, faisant l’amour sous une couverture. Edgar se pose sur le dos de Martin. Zoé éternue.

Zoé
Oh non, j’ai oublié de renouveler mes médicaments.

Martin
Pas grave ; je vais le mettre en vente.


Intérieur – cage – soirée

C’est la dernière vision du future du point de vu d’Edgar. Il se trouve dans une cage. Une pancarte qui indique « 5 $ » est placée devant la cage. Une main tenant un feutre raye le prix et indique « Ou meilleures offres ».


Intérieur – salon – soirée

Retour à la réalité, avec Martin et Zoé qui sont sur le sofa et Edgar sur son perchoir.

Edgar
(Hurlant) Nooooooonnnnnnn !

Martin et Zoé le regardent étrangement. Semblant gêné, Edgar regarde dans une autre direction. Zoé se colle encore plus sur Martin. Ce dernier en fait de même. Leurs regards se croisent et ils approchent leurs visages l’un de l’autre. Désemparé, Edgar lâche une crotte. Mission accomplie : ça brise le moment romantique.

Martin
Je pense qu’on est à sec côté vin.

Zoé
Dommage.

Martin
Je vais aller en chercher d’autre.

Zoé
Ben non, c’est pas grave.

Martin
Non, non. Y était super bon pis le dépanneur est juste à côté de chez nous.

Zoé
T’es sûr ?

Martin
Ouais. Je vais revenir dans cinq minutes. Ça va te donner l’occasion de mieux faire connaissance avec Edgar.

Martin sort de chez lui. Immédiatement après qu’il ait claqué la porte, Edgar s’installe à sa place sur le sofa.

Zoé
Salut.

Silence.

Zoé
Est-ce que tu veux jouer à la balle ?

Edgar hoche que non.

Zoé
Est-ce qui a vraiment une balle ?

Edgar hoche que non une fois de plus. Zoé sourit.

Edgar
Zoé… maman.

Zoé
Wow ! T’es dont ben fin.

Edgar
Edgar aime maman.

Les deux se fixent longuement. Une complicité semble naître.


Intérieur – salon – soir

Martin revient à l’appartement avec une bouteille de vin. Quand il arrive au salon, il fige et laisse tomber la bouteille sur le sol.

Martin
Mais c’est quoi ça ?

Zoé repose sur le plancher du salon. Inerte, elle n’a plus son œil gauche. Il est dans le bec d’Edgar. Ce dernier, remarquant Martin, fige.

Martin
C’est toi ? C’est toi qui a fait ça ?

Les yeux vers le sol, Edgar fait non de la tête.

Martin
T’as son œil dans ton bec crisse !

Edgar
Oeil, tombé.

Martin prend Edgar dans ses mains.

Martin
Tu l’as tuée. Tu voulais pas que j’ai une blonde, hein ? Tu voulais me garder pour toi tout seul. Ça te fait rire que je sois puceau ?

Martin prend une paire de ciseaux dans un tiroir et les approche de la tête d’Edgar. Ce dernier semble paniqué.

Edgar
Papa. Papa. Papa.

Martin
Ça marche pu ça.

Les ciseaux s’approchent de la tête. Martin s’arrête et laisse tomber les ciseaux. Edgar semble soulagé. Martin ouvre le micro-onde et place son perroquet dedans. Il met la minuterie à vingt-sept minutes et le part.

Edgar
T’aime papa. T’aime.

Martin
Ta gueule. Ferme ta gueule.

Edgar
Edgar aime papa.

Martin semble tourmenté, comme s’il se battait contre lui-même. Dans un élan de rage et de désespérance, il ouvre le micro-onde, prend Edgar et le serre contre lui. On sent qu’un réel amour existe entre eux.

Martin
Mais qu’est-ce qu’on va faire ?

Edgar pointe vers une direction. Martin remarque qu’il s’agit d’un couteau de boucher sur le comptoir. Il semble découragé et peu motivé.


Intérieur – salon – après-midi

Martin est couché sur le sofa. Edgar est sur lui. Ils regardent un film. Quelqu’un sonne à la porte. Les deux se dirigent vers l’entrée. Martin ouvre la porte. C’est le propriétaire de l’immeuble.

Martin
Ouais ?

Propriétaire
Ça fait deux mois que t’as pas payé ton loyer.

Martin
Oh, merde, c’est vrai.

Propriétaire
Va falloir que tu règles ça sinon t’es dehors.

Martin
Ouais, euh, ok, je m’occupe de ça. J’ai une idée : la caisse est juste à côté. Restez ici, je vais chercher l’argent et je reviens dans cinq minutes. Pas plus. Ça vous dérange pas de rester avec Edgar ?

Propriétaire
C’est le perroquet ça ?

Martin et Edgar se regardent.

Martin
Ouais. C’est le perroquet.

Martin sort. Juste avant de partir, il lâche un regard complice à Edgar. Ce dernier lui rend l’appareil. Martin ferme la porte. Edgar tourne son attention vers le propriétaire. On se doute bien de ce qui va se passer.

Nouvelle "Autobiographie d'un stupide inconnu"


Souvent, quand j’me retrouve coincé dans le bus ou au petit marché délabré qui se tient au coin de la Saint Patrick, j’entends les gens raconter que le pire qui puisse vous arriver dans la vie, c’est qu’un de vos proches meurt. Vous savez, un dernier coucou timide, l’âme qui prend ensuite un arrêt sans escale pour le paradis et le corps, lui, qui élit domicile au cimetière le plus près. Je sais pas pourquoi, mais ça se retrouve au sommet de l’échelle des tracas pour le bon peuple catholique on dirait. Soit ça ou de perdre son travail, aussi stupide et ennuyant qu’il puisse s’avérer ou de se retrouver quelques décennies dans la plus miteuse des prisons à Tijuana à partager ses commodités avec un type obsédé par les allumettes qu’on surnomme amicalement Pyro le barjot. Vous savez, moi, ce que je réponds tout haut à ça? Que c’est un tissu de conneries pas croyable. Ouais. Tricoté serré de tout côté. Des gens qui me côtoyaient jouent maintenant de la harpe désaccordée sur un nuage et je m’en suis remis. Ça va. J’ai perdu mes minables boulots à l’époque que je croyais que travailler se voulait noble et ça m’a pas donné une tumeur bénigne ou un taux anormal d’anxiété aiguë. Et même si j’en suis pas hyper fier, je peux aussi inscrire dans mon minuscule CV prisonnier dans mes expériences récentes. Bon sang. Personne s’est occupé de redécorer mes fesses dans les douches et grâce à ça, j’ai même pu terminer mes études secondaires. C’est pas croyable, mais après toutes ces années, j’me trimballe enfin la capacité de conjuguer le verbe roidir au subjonctif passé. Roulement de tambours s’il vous plait. Non, non, non. Selon moi, le pire qui peut vous tomber dessus lors de votre séjour aucune dépense payée sur notre sympathique planète moche, c’est de vous charrier un ami qui a du succès. Quand on se compare, on se désole je suppose. Même si j’y réfléchissais durant quelques centaines d’années, le cerveau bien cryogénisé au frigo, je vois pas ce qui aurait pu m’arriver de plus terrible. Ouais. C’est exactement toute cette philosophie bas de gamme à trois sous qui m’a fracassé le crâne quand Guillaume s’est pointé en face de chez moi avec une sapristi de belle voiture de location.

- Ok. On dirait qu’on se fait pas trop chier quand on est célèbre?

- Ouais. Moi aussi je suis content de te voir Étienne après neuf ans.

Poignée de mains. Petite accolade. Tout le tralala de fraternité de jeunesse. Mais bizarrement, ça sonne faux. Comme un mauvais doublage français d’un mauvais film de nos voisins du sud. Sûr et certain que ça pourra jamais recoller comme avant.

- T’as pas changé d’une miette Étienne. C’est assez freakant.

- Merci … je suppose. T’as pas trop grossis aussi. Pis? Sherbrooke t’a manqué?

- Bof, je sais pas. J’aime vraiment ça habiter à Montréal. J’ai pu trop l’impression que c’est ma ville aussi.

- Ouais, quelle surprise. Un snob vin-fromage-opéra qui renie ses origines. Est-ce que les gens de ta ville te demandent souvent si t’as perdu ton pucelage avec une cousine dans une grange le jour de l’an? Ou tu fais peut-être croire que t’es un montréalais pure laine qui est jamais sorti de l’île?

- Les bonnes mêmes vieilles conneries. Ce que ça commence bien.

Tu parles que ça commence bien. Même si je veux qu’on s’amuse et qu’on passe du bon temps et tout comme à l’époque, je peux pas m’empêcher de lui rappeler qu’il représente à mes yeux (et à ceux de tout le quartier) un fichu traître égoïste. Ouais. Les autres peuvent bien se mentir à eux-mêmes en affirmant qu’il sont archi fiers qu’un petit fils de pauvre ait si bien réussi, mais je sais dans les tréfonds du peu d’âme que j’me charrie que ça se veut faux sur toute la ligne. C’est pas un adopté de la grande ville qui va venir avec son air de pédant offensé contaminer notre minable train de vie qui nous convient. Mais en même temps, je peux pas m’empêcher de repenser au fait qu’il est une des personnes que j’aime le plus depuis qu’il m’a défendu contre cet arriéré de Patrick Ryan en 3e année. C’est un très gros con qui vit toujours dans le sous-sol de ses parents et qui m’en faisait sérieusement baver avant que Guillaume fasse en sorte que plus personne ait jamais relevé la main sur moi. Depuis ça, j’ai toujours su que ça allait être entre nous deux pour le meilleur et pour le pire jusqu’à la mort. Mais le hic, depuis quelques années, c’est que le pire l’emporte par K.O plus souvent qu’à son tour.

- J’ai lu quelques critiques sur ton film. Félicitation.

- Oh ouais? Sont plutôt bonnes, hein? Je suis content. Ça pourra pas nuire. La compétition est féroce dans le milieu, t’as pas idée.

- Peut-être. Mais moi je trouve que c’est vraiment un truc de bourgeois les critiques. Du genre, le métier le plus inutile après brigadier scolaire. Non mais penses-y. Trouves-tu que c’est un vrai métier toi?

- Ok. Pis toi, c’est quoi ton métier au juste pour te montrer aussi condescendant?

Cheap shot Guillaume … cheap shot. D’accord. On me paie peut-être pas tout plein d’argent non mérité pour réaliser des petites merdes prétentieuses pour universitaires snobs buveurs de vins ; mes pieds se sont jamais posés à Venise sur un bon dieu de tapis rouge installé là en mon honneur et on me traite pas de génie révolutionnaire chaque fois que des voyelles s’évacuent de ma bouche alcoolisée. Mais qui voudrait de cette vie là de lèche-cul de toute façon? Ouais. Je veux dire, un petit catholique pas trop instruit dans mon genre qui vend de l’alcool aux mineurs pour gagner sa croûte se trimballe autant de chances de se retrouver à la une de la section arts et spectacles que de se marier une petite pucelle texane de bonne famille. Je comprends ces choses là même si mon Q.I. provient des régions. Mais au moins, j’me considère comme un type authentique moi. Enfin. On laisse un peu notre éternel conflit nucléaire dans l’entrée de garage et on prend la direction du sous-sol. Je lui ai même préparé un lit avec des draps propres à monsieur l’artiste. Mes draps à moi, bon sang.

- Tu veux pas qu’on aille voir tes parents en haut? Ça fait un méchant bout que je les ai pas vus.

- Ça sert à rien, sont pas là.

- Y ont toujours la même job?

- Non. Tout ferme dans le coin. J’ai pas la moindre idée de ce qui font dans le jour mais c’est pas ici qu’y traînent. Merde. Toutes les compagnies ferment leurs portes pour aller se re-localiser dans les grandes villes et le vrai monde se retrouve toujours baisé d’une façon ou d’une autre. Tu trouves pas ça scandaleux toi?

- Non mais ta gueule Étienne. Je sais que t’es un expert pour casser l’ambiance et je te félicite même d’être aussi bon … mais là je commence presque à regretter de pas m’être pris une chambre d’hôtel.

- Ok, excuse-moi. Regarde : j’me la ferme avec ces conneries-là. On va s’amuser le temps que t’es là. Je t’ai promis que t’allais passer une soirée que tu vas pas oublier. Comme la bonne vieille époque.

La bonne vieille époque? C’est plutôt simple : beaucoup d’alcool, un peu d’herbe, un film porno bien dégueu question de se mettre dans l’ambiance, on retrouve quelques amis à moi pas trop recommandables que j’ai connus derrière des barreaux rouillés, on se ramasse des filles plutôt jeunes et le plus naïves possible, on se tape une tournée de destructions de boîtes à lettres, on s’envoie les pucelles à papa derrière le club vidéo du gros Henry et s’il nous reste du temps (ce que je doute, mais bon), on assiste à la première du stupide film de Guillaume. Mais c’est en dernière option. Je veux dire, il l’a vu combien de fois son navet d’après-vous? Ça se voudrait si dramatique qu’il assiste pas à une 3723e représentation de cette merde? Ouais. Poser la question c’est y répondre.

- Tu vas peut-être me trouver con Étienne, mais on dirait que je suis nerveux pour ce soir.

- Tu veux dire par rapport à ce qu’on va faire et le fait qu’on se soit pas vus depuis un bout?

- Non, non. La première du film. Même si on a fait une tournée de quelques régions et que ça s’est super bien passé, ça me fait bizarre de le présenter au même cinéma où j’allais tout le temps quand j’étais jeune.

- Je savais pas que ça voulait dire quelque chose pour toi.

- Tsé … je suis pas en guerre contre Sherbrooke ou n’importe quoi d’autres que tu sembles t’imaginer dans ta tête. J’habite ailleurs, ouais, mais ça va toujours rester un peu chez moi ici. Ça rappelle quelques souvenirs.

Un peu chez lui ici? Non mais on est quoi pour toi Guillaume? Un Holiday Inn sur commande? Des arriérés aux tendances trisomiques qui vont se fendre pour satisfaire sa stupide altesse? Merde. La soirée s’annonce pas mémorable, c’est moi qui le sens ça. Et les quelques minuscules souvenirs dont il parle constituent ma vie à moi. Ok. Du calme. On se la joue zen et Tibet Étienne.

- T’as prévu qu’on fasse quelque chose avant ma première?

- Hum. T’as vraiment envie d’y aller?

Il me regarde comme si je lui avais proposé tout bonnement de pendre quelques arabes et d’organiser une chasse aux juifs en forêt avec des fusils de paint-ball.

- C’est une blague. J’avais pensé qu’on pourrait commencer à boire.

- Ouais, pourquoi pas? T’as du vin?

Là, c’est moi qui le scrute comme s’il m’avait proposé tout bonnement de pendre quelques arabes et d’organiser une chasse aux juifs en forêt avec des fusils de paint-ball.

- C’est une blague Étienne. Je voulais jouer au montréalais snob.

- C’était réussi mon vieux.

Ouais. Même ce cadavérique de James Dean aurait pas pu sonner plus vrai.

- Tu te souviens des soirées qu’on passait dans le temps? À boire, à se branler chacun de notre côté du sous-sol en dessous d’un coussin devant un film porno dégueu, à retrouver des amis pis tenter de se ramasser des filles plus jeunes pour nous les taper derrière le club vidéo du gros Henry? Tu te souviens comment on terminait les soirées? Une tournée de destructions de boites à lettres.

D-I-E-U merci! T’es de retour Guillaume! On va pouvoir mettre ces merdes de carrières, de Montréal et ton ego mal placé aux poubelles une fois pour de bon et recommencer à être inséparables comme avant. Je comprends qu’on change et je trouve ça plutôt normal. Je veux dire, moi aussi je suis plus le même gars qu’à une certaine époque. Avant, quand on se tripotait chacun de notre côté, j’me sentais hyper contrarié à cause de mes grands-parents morts. Vous savez, toutes les conneries qu’entraîne un bon bagage catholique. C’est pas que je m’en voulais tant de pécher alors qu’ils pouvaient me scruter du haut d’un nuage ; c’est juste que ça m’effrayait qu’ils puissent le faire avec des amis et qu’ils me présentent à eux de la sorte. Mais ça va maintenant. Et puis, Guillaume est de retour, alors là, tout peut juste recommencer à vraiment bien aller pour moi.

- Ouais, tu parles que je m’en souviens.

- Pis est-ce que t’en as honte?

- Quoi?

- Je veux dire, tu regrettes pas toi? Man, quand je pense à toutes les conneries qu’on a pu faire, je deviens rouge automatique. C’est instantané. Des fois j’essaie de me convaincre que rien de tout ça est réellement arrivé et que c’est juste des mauvais souvenirs que j’me suis inventés. Avoir encore eu une blonde, je pense que j’aurais jamais osé l’emmener dans le quartier pour pas qu’elle entendre des histoires de la sorte.

Je vois rouge. Non, correction : je vois plus du tout. Qu’on me donne une canne pour marcher et pour abattre le traître qui se tient devant moi.

- Avoues que tu pense pareil comme moi Étienne? Personne peut rester aussi looser qu’on l’était dans le temps. Tu te souviens de ce qu’on voulait faire comme profession? Vendre de la bière aux ados deux fois plus chers de ce que ça coûte réellement. C’est looser rare.

J’ai jamais pu avouer à Guillaume ce qui m’était réellement arrivé les neuf années qu’on s’était perdus de vue. Ouais. Le petit snob vin-fromage-opéra se charrie une connaissance zéro à propos de la prison et de toutes ces choses qui me semblent à moi normales mais qui humilient la personne qu’il est devenu. Même si je le déteste à un point où j’aimerais le coller à un mur et l’aligner devant mon champ de tirs, j’ai jamais voulu qu’il ait honte de moi. Pas trop en tout cas.

- T’étudies en quoi déjà Etienne? Tu me disais dans ta lettre que t’étais à l’université depuis des années.

- Euh, un peu n’importe quoi. J’me suis réorienté dernièrement.

- C’est assez surprenant. Je veux dire, t’as tellement pas le profil universitaire. Mais c’est quand même drôle : un gars bien scolarisé qui a une haine de Montréal et de tout ce qui s’approche du bon goût. T’es ce qu’on appelle un sacré paradoxe mon gars. Dire que j’ai longtemps été convaincu que t’avais jamais fini ton secondaire.

Je sais pas ce que ça fout dans la vie un paradoxe et j’en ai réellement rien à battre pour tout avouer. Vous vous rappelez quand je racontais que la pire chose qui puisse vous tomber dessus dans la vie est de vous trimballer un ami qui a du succès? Bon sang. J’avais tout faux. Le pire des trucs moches dans l’univers, ça se veut la trahison. Maintenant, je vois plus rien d’autre.

- Pis? T’avais prévu quelque chose avant la première de mon film ou pas?

- Pas vraiment. J’étais un peu trop nerveux à l’idée d’assister à quelque chose d’aussi gros qu’une première.

- Wow! Ça me fait plaisir à entendre Étienne. Vraiment plaisir. C’est cool de voir que malgré toutes les années et le fait qu’on ait changé qu’on soit restés toujours aussi amis. Hein?

Oh ouais, c’est cool Guillaume. Vraiment très, très cool sale traître.