mercredi 30 septembre 2009

Je suis un meurtrier un dimanche

Pour une raison qui m’échappe, je suis une personne hyper haineuse. J’admire les gens zen mais en même temps, ils me font tellement chier que si l’occasion se pointait, c’est avec grand plaisir que je leur administrerais une raclée. Je m’engueule à un point tel dans une semaine qu’il n’y a qu’une mort qui m’attend : seule, longue et emmerdante. On m’appelle tellement peu que je pourrais débrancher ma ligne téléphonique et ça ne changerait strictement rien.

Est-ce que tout ça me va? Grosso modo, ouais. J’en tire pas une fierté de vouloir casser la gueule au reste de la planète et de traiter de gros porcs impuissants tous ceux qui me dépassent en voiture sans mettre de clignotant ; mais je suis incapable de respirer le même air que ceux qui me manquent de respect. Ce qui a de plutôt drôle, c’est que les innombrables personnes qui peuvent pas me sentir pourraient dire la même chose de moi.

Et puis, l’autre nuit, j’ai fait un rêve merveilleux. C’était si doux que j’me croyais dans une comédie musicale à la con. Je faisais une fête chez moi – ça n’arrivera jamais mais bon, mon cerveau déconne dans mon sommeil – et il y avait un nain qui voulait coucher avec ma copine. Comme je suis un type jaloux et que je crains la compétition autant que les boutons puants sur mon pénis, je vais voir mon ami qui est aussi grand que ma cafetière et je lui dis d’arrêter. J’me la joue un peu arrogant car j’me sens grand. Il me répond d’aller me faire foutre et va se chercher une Guinness dans mon frigo. Ok : tu veux faire de la lutte à poil avec ma femme? Je peux jongler avec ça. Mais tu me piques pas ma Guinness tête de nœud. T’as vu comment ça coûte?

Je vais au frigo, j’enlève le sac de pommes dans le compartiment des fruits et j’y place mon nain obsédé. Je ferme la porte et retourne à la fête. Y a des chips, quatre personnes… on se remet pas d’une soirée aussi intense. C’est le genre de truc qui traverse les âges. On arrive à la nuit. J’me réveille et comme mon cul s’expansionne de jour en jour, je retourne au frigo pour manger le repas que ma copine s’est préparé pour le lendemain. Vous me voyez venir un kilomètre à la ronde : mon nain est frigorifié! Fini les petites joues rouges. Au lieu de paniquer, je mange comme prévu, je vais aux toilettes sans regarder le miroir – fichue phobie d’y voir Bloody Mary – et je retourne au lit.

J’me suis réveillé, essuyé la bave sur ma bouche, touché subtilement le sein à ma conjointe – pour ceux que ça intéresse, elle en a deux – et j’me suis fait une séance de gymnastique mentale. Pourquoi on ne tue pas son prochain? D’accord : y a des raisons à la tonne. La prison, la culpabilité, la chrétienté, le fait de devoir envoyer nos vêtements maculés de sang chez un nettoyeur, etc. Imaginons un monde dans lequel le meurtre est permis. Certes ; on m’aurait fait la peau depuis un siècle mais quand j’y pense rien qu’un peu, la planète serait déserte trois semaines plus tard.

Et si on m’accordait le droit d’un meurtre, je crois vraiment que j’y prendrais goût et que je deviendrais pratiquement illico un assassin du dimanche…

samedi 2 mai 2009

Prêt, pas prêt, j'y vais


Vous voulez savoir quel genre d’homme que je suis? Malgré mon âge, à chaque fois que la température arrive au point où mes testicules se rétrécissent, la pulsion irrésistible de coller ma langue contre un poteau gelé vient toujours me hanter. Quoi d’autre? Oh ouais. En secondaire trois, pour prouver à un de mes amis que mon machin truc flexible était plus impoçsant que le sien, je l’ai mesuré avec une règle de bois et ma mère m’a surpris. Un jour, j’étais dans un resto quelconque et Rémy Girard se trouvait à une table pas trop loin de la nôtre. Pour impressionner mes soi-disant amis arriérés, j’me suis mis à crier Rémy et me cachant la tête illico après. Je peux juste rajouter pour les archives historiques que j’ai le privilège assez rare – enfin, je crois – de m’être fait poliment dire de mettre un nœud à mes cordes vocales par l’un de nos excellents comédiens.

Ouais. Malgré toutes les chandelles qui s’entassent sur mon gâteau de vie, les livres supposément intelligent absorbés, un diplôme inutile et ma phobie profonde des effets négatifs que pourraient entraîner sur mon cerveau le seul joint que j’ai fumé, j’me révèle aussi intelligent qu’une baleine euthanasiée et aplatie sur l’autoroute. Dites-moi que je suis pas game de faire quoi que ce soit. Essayez. Mon minuscule cerveau et moi, après vous avoir insulté à voix très basse, allons enfiler notre cape de super connard certifié et allons plonger tête première vers le désastre le plus proche.

Je sais juste pas si j’me veux normal comme adulte. Au moment d’écrire cette chronique, pleins de trucs cons à accomplir m’ont fracassé le crâne en milliards de miettes. Des défis lancés par des copains imaginaires pour impressionner un public imaginaire et redorer un amour-propre qui me semble de plus en plus imaginaire. Donc, hier soir, une fois le bébé au lit et ma conjointe lisant un livre qui me semblait terriblement ennuyant, j’me suis téléporté à la salle de bain. Et pour y faire quoi peut-être? Me tripoter le petit soldat devant le nouveau catalogue Sears qu’on a reçu cette semaine? Même pas. J’ai fermé les lumières, placé mon corps qui grossit constamment devant le miroir et de ma voix de garçon qui a refusé de muer, j’ai appelé cette fille pas trop gentille qu’est Bloody Mary. Ouais. Faites-le treize fois, et il parait que la chérie va venir vous faire un gentil coucou plein de sang. Pour être honnête et tout le tralala que ça entraîne, le courage a déserté le champ de bataille qu’est mon cerveau d’estropié après trois Bloody Mary.

Stupide Steve b.

Après, j’ai sorti mon jeu de Ouïja, j’me suis calé un verre de lait 2% question de me donner une véritable dose de courage et je lui ai demandé au petit vieux à quel âge j’allais me retrouver dans un cercueil. Il m’a répondu quarante-sept ans. Hum. C’est moyennement ce que je voulais entendre. Je l’ai refait et là, on m’a donné un sursaut. Et oui, on a prolongé mon existence de papa jusqu’à soixante-trois chandelles. Mais que croire? Mon lait m’a-t-il saoulé à ce point? Et pour terminer cette charmante soirée familiale, je suis tombé sur Massacre à la tronçonneuse, l’originale el cheapo des années soixante-dix sur Scream Television. Choix de réponse A) Je l’ai terminé et j’en ai redemandé plus? Choix de réponse INCROYABLEMENT PLUS CRÉDIBLE B) Je suis allé voir ce qui se passait de bon avec cet épisode des « Simpsons » que j’ai vu au moins trois cent vingt sept fois?

Vous voulez savoir, avant de mettre un point final à cette chronique, le plus triste dans cette histoire banale? C’est que je regrette tous mes défis accomplis. Depuis quelques nuits, même si j’me charrie une envie titanesque de pisser, j’ose même plus bouger du lit. Peut-être que Bloody Mary attend dans mon miroir. Et Ouïja, lui? Est-ce qu’il squatte mon salon maintenant?

Merde. En ce moment solennellement précis, l’envie de déménager me tente pas à peu près.

La politesse et tout


J’me rappelle pas trop ce qu’on a pu m’enseigner dans la vie. C’est vrai : tout ce qui date avant les « Simpsons », je l’ai oublié. Directement dans le broyeur de ma mémoire. C’est comme si j’étais né lors du premier épisode des « Simpsons » et que chaque nouvelle saison correspondait à une nouvelle année de ma vie.

Y a des trucs qui me hanteront à vie. J’me souviens du carré de sable en maternel ; d’une grosse rouquine en première année qui me voulait et qui me répugnait – et m’effrayait, je dois l’avouer – ; d’avoir dit à ma mère que mon père avait recommencé à fumer et que mon paternel m’en veuille pendant des semaines ; d’avoir embrasser avec la langue à dix ans une fille qui en avait six – j’me trouve encore dégueulasse – ; d’avoir eu la diarrhée dans mon pantalon au sommet du mont Orford et d’avoir fait passer la mauvaise odeur sur un plus rejet que moi et d’avoir fait l’amour la première de ma vie devant le film « Vampires vous avez dit vampires »… pas durant tout le film, disons plus le moment où Charlie entre dans sa voiture, la démarre… et c’est tout.

J’me rappelle plus du tout qui m’a enseigné la politesse. Mes parents? Mes professeurs? Le gros lard qui me bottait l’arrière-train au primaire? Fort possible. Même si l’origine de son obsession m’échappe, y a pas une journée qui passe sans que j’y pense. Bon sang. Malgré ma misanthropie grandissante, je fais toujours tout ce qui a en mon pouvoir pour être un gentil garçon poli et tout. Je dis sans faute « à tes souhaits » à une personne qui éternue ; je suis courtois en voiture ; je n’oublie jamais de mettre mon clignotant ; je tiens la porte aux gens – plus aux femmes ayant une grosse poitrine pour être honnête – et je dis même « merci » aux policiers lorsque je reçois une contravention. Le tout, avec un sourire qui n’est pas même pas sarcastique.

Mais pour une raison qui échappe à mon minuscule et peu développé cerveau, les gens mettent leur politesse dans un placard cadenassé lorsqu’ils tombent sur moi. C’est peut-être ma coupe de cheveux qui fait en sorte que je semble avoir joué dans « The 70s show » ou le fait qu’il arrive à ma voix d’encore muer. Je sais pas. Mais je blague pas quand j’affirme ceci : lorsque j’éternue et qu’une personne ne me dit pas « à tes souhaits », un rage de guérilla se prend de moi et j’éprouve une envie hitlérienne de la frapper. Souhaite-moi quelque chose, merde! N’importe quoi de bien, ça va me faire hyper plaisir. Quand je laisse passer une autre voiture devant moi et que le gros con à la Civic qui jette sa cigarette à la rue – qui les ramasse en passant? – se donne même pas la peine de me faire un signe de main, l’envie de m’acheter un Hummer et de l’écraser se prend de moi.

L’autre jour, j’en ai eu juste assez. Je t’emmerde, politesse. Je t’emmerde, clignotant au volant. Je t’emmerde, porte tenue et je t’emmerde, éternuement. Je peux vous avouer une chose? Ma révolte contre la politesse a même pas durée une fichue heure. Je suis incapable de me la jouer bête et glacial. Est-ce un signe de faiblesse? Je l’ai longtemps cru. Mais ma stupidité légendaire et moi avons réalisé une chose : être rude et impoli avec les gens ne démontrent pas une force de caractère. Cela fait juste prouver que tu es une merde, que tu es incapable de prendre sur toi et que tu mérites de te faire traiter comme une merde chimique. J’ai souvent traité des gens comme de la merde. Mais je tente de me sentir mieux en me disant que je les envoyer chier poliment…

Je suis un révérend


Dieu, Allah, Bouddha, Krishna et tous les autres petits pères, je les connais pas trop. Ça me dit rien. Mais bon. En typique catholique très peu pratiquant qui aime prendre un verre à noël, j’me garde tout de même une légère porte ouverte et grinçante envers la religion. Ce que veux dire par là, c’est que si Dieu existe et qu’il me trouve chouette et tout, tant mieux. On jouera ensemble au ping-pong les vendredis quand j’me retrouverai au paradis. Mais si le petit père barbu se révèle une invention, ben merde. Faut faire avec.

Je suppose que je suis comme Thomas. Et je parle pas d’Edison. Ni de Plekanec.

Avec mon bagage catholique et tout le tralala que ça entraîne, plein de trucs me font peur. Pour moi, le purgatoire, l’enfer, me faire sodomiser éternellement par des acteurs porno et la damnation sont des concepts qui me trottent en tête chaque fois que je fais des conneries. Bon sang. C’est archi-con, car je semble tout faire depuis que je suis au monde pour pas me retrouver sur un nuage à jouer Stairway To Heaven avec une harpe désaccordée. On parle quand même d’un type qui a pondu deux bébés hors mariage, qui s’est saoulé à onze ans, qui s’est fait arrêter quelques fois pour des stupidités de jeunesse, qui s’est retrouvé à la télé pour vandalisme et qui a voué un culte à Iron Maiden dans ce qui me semble déjà une ancienne vie.

Ouais. Dieu et son fiston – vous savez, celui qui, étrangement, est né en l’an zéro et qui a habité quelque temps à Jérusalem – doivent pas être trop fiers de ma petite personne. Mais j’me suis racheté dimanche dernier. Et pas à peu près. Je suis devenu révérend. C’est même pas des blagues. Je suis tombé sur un site où l’on peut se faire ordonner en ligne. Et voilà, en un seul clic. Steve b, sous l’Église de la nouvelle vie, peut vous marier et baptiser vos petits nains sous les pouvoirs de ministre indépendant que m’accordent mon église.

Le plus beau dans toute l’histoire? C’est que maintenant, je vais être beaucoup plus respecté que je l’étais. Han, han. C’est le révérend Larsen qui me l’a écrit. Merde. Et moi le con certifié qui bûchait pour devenir auteur. Quelle farce. Tout ce qui me fallait, c’était un clic.

Elle est pas bien faite la vie?

1er chapitre d'un roman qui a subit une fausse-couche

Quand je commence un truc, en général, je le termine pas. Trop occupé? Trop populaire? Pas du tout. Je regarde trop la télé et y a trop de porno sur le web. Et on parle même pas du hockey qui recommence cette semaine et des trois heures de "Simpsons" que j'me tape par jour. Après avoir publié mon premier roman, j'étais hyper motivé. Hey! Le monde m'appartenait. J'allais remporter une tonne de prix. Les maisons d'éditions allaient se battre pour me signer. Mais quel con j'étais! Certes, ma mère a bien aimé mon roman ; mais c'est une personne infiniment gentille. J'ai passé un bon moment sur la rédaction d'un roman qui se nommait "Autobiographie d'un stupide inconnu". Je croyais réellement le terminer mais je fus occupé à faire l'amour une fois, mettre ma conjointe enceinte, tenter de fabriquer une machine à voyager dans le temps pour me convaincre de mettre un condom et boire beaucoup de bières pour oublier le fait que je suis trop cave pour fabriquer quoi que ce soit. Lorsque les Canadiens de Montréal déménageront, que mes filles seront majeures et qu'il n'y aura plus aucun site web porno, je terminerai ce roman...

CHAPITRE UN
CHRONIQUE DE L’HALLOWEEN 95 ET D’UNE MORT ANNONCÉE


L’autre jour, j’écoutais un truc à la télé – j’me rappelle plus trop quoi – et quelques vieux bonhommes discutaient sur ces moments inoubliablement dorés que sont l’adolescence. Ça drôlement piqué mon attention. J’me suis tout de suite dis qu’ils avaient sans doute eu la chance d’être congelés durant leurs années de puberté pour avoir le culot d’affirmer une chose de la sorte. Même si on m’accordait quelques siècles et un budget illimité pour réfléchir à la question, je pourrais pas voir ce qui a de pire d’être un ado. Ça constitue un miracle en tant que tel que de s’en sortir vivant. Un peu mélodramatique comme discours, non? Un peu. Mais on est tellement heureux d’en terminer avec cette sale besogne qu’on doit seulement repenser aux quelques moments chouettes qui s’y rattachent une fois vieux comme les bonhommes de la télé je suppose. J’en suis pas encore assez détaché pour voir la chose de cet angle là.

Quand on est à pieds joints dedans, je jure qui a rien de doré. C’est charbonné et épineux plutôt. On est plus un enfant mais pas encore un adulte ; on nous traite avec le Q.I d’un enfant et on exige de nous qu’on agisse avec le cerveau d’Einstein. On se sent archi-coupable et on se fait traiter d’idiot de s’amuser avec ces trucs qui nous divertissaient quelques années avant mais tout ce qui peut s’avérer cool – du genre, la terre promise de l’excitation – nous glisse encore sous les doigts, faute d’âge. Et ça s’arrête pas là. Tu t’intéresses pas aux filles, alors t’es un homo ; t’en veux une mais c’est automatique qu’elle veut pas de toi. Tu veux un travail mais t’as pas d’expériences ; tu veux des expériences mais on te rappelle que t’as jamais eu de travail.

Etc. et etc.

Mais ce qui a vraiment de pire d’être un ado, c’est savoir qu’on fait partie d’un cercle qui contient d’autres ados et que l’intelligence est pas un repas qu’on retrouve toujours au menu. Sans oublier la gentillesse et cette chose qu’on nomme l’ouverture d’esprit. J’me rappelle de quelques gentils messieurs qui avaient eu cette délicate attention de me trouver un surnom amical. Vomi-Charlie. Ouais, pas si mal pour des gars quasi-illettrés. Il faut dire que l’astuce d’un surnom efficace est qu’il doit rimer et comme j’avais dégueulé en classe de math en secondaire 1 sur mon cahier d’algèbres, ça avait pas pris trop de temps avant qu’un génie le déniche.

Et en cet halloween 1995, j’éprouvais cette désagréable et moche impression que c’était pas sur le point de s’améliorer. Pourquoi? Parce qu’au lieu d’être déguisé en Darth Vader pour me rendre à l’école, c’est en costume très viril de fée des dents que je devais m’y rendre. Quand j’ai exigé des explications à mon père, j’ai tout de suite compris que la journée allait se montrer terrible sur toute la ligne et que je vivais – sans trop le savoir au moment – la dernière halloween de ma vie.

- Mam est encore au travail?
- Ouais. Elle se tape cette charmante invention que sont les heures supplémentaires. Ça semble ben cool à première vue de te dire que le salaire augmente, mais c’est une bonne excuse pour te faire avoir solide avec l’impôt.
- Ok … je vais tâcher de m’en rappeler.
- Je sais pas pourquoi je continue à m’abonner au journal. Ça fait juste me déprimer pis on dirait que j’haïs encore plus le monde.

Wow! Comme si c’était possible. Faut pas qui se demande pourquoi il a eu l’impression toute sa vie qu’on était gênés de lui parler.

- Écoute pa … je veux vraiment pas te déranger mais t’aurais pas vu mon costume de Darth Vader par hasard? Je le trouve pas.
- C’est normal. Je l’ai jeté.
- Quoi? Mais pourquoi?
- T’es rendu assez vieux pour ça me semble.
- Trop vieux? Mais j’ai juste … juste …
- Ouais, 15 ans. C’est pas si grave si tu vas pas à l’école déguisé. Pis dis-toi que ça peut juste t’aider à perdre ton pucelage ça.

Sûr que c’était pas si grave. Mais comme ma mère avait cette fâcheuse habitude de me préparer constamment des lunchs végétariens que je détestais et qu’un costume vous procurait une pointe de pizza gratuite à la cafétéria de l’école, j’étais prêt à décorer mon ossature avec n’importe quel truc que n’importe quel type normal refuserait. C’est exactement ce que j’ai fait.

Tombant sur un costume de fée des dents au sous-sol – j’me suis pas tout de suite posé la question à savoir ce qu’on pouvait faire avec ça –, j’ai pris la décision de mettre mon cerveau au frigo, de l’enfiler et de prendre le bus sans trop envisager les conséquences. Il paraît que c’est typique des hommes de ma famille ça ; d’agir sans réfléchir. Ah bon.

Quand je suis arrivé dans le bus, j’ai saisi pourquoi je serais sans doute jamais compris comme personne. Allez donc leur expliquer que votre père veut que vos deveniez un homme avant le temps et que vous voulez tellement un bout de pizza froide que vous êtes prêt à dire adieu à votre amour-propre! Mais par chance – et car j’étais rejet et que presque personne m’aimait –, le banc derrière notre idiot de chauffeur m’était réservé. Donc pas besoin de parader bien longtemps. J’me devais tout de même de fournir quelques explications à David et Kim, respectivement en Hans Solo et en R2D2.

- Désolé les gars.
- C’est quoi ça?
- Je suis la fée des dents.
- La fée des … mais pourquoi tu nous as fait ça? On a l’air cons sans Darth Vader.
- On a toujours l’air cons de toute façon. Et je suis pas mal sûr que là, je possède une longueur d’avance sur vous autres.
- C’est poche. On peut même pas faire croire que t’es la princesse Leia.
- Ouais. Mon père considère que je suis rendu trop vieux pour passer l’halloween. C’est le seul costume que j’ai trouvé.
- Trop vieux? C’est n’importe quoi! On a juste … juste …
- Ouais, 15 ans.

Vrai qu’on était peut-être rendus trop vieux pour ça. Quand je racontais qui a rien de facile d’être ado, je crois pas que j’exagérais. C’est un combat perpétuel qui vous tenaille les tripes.

- Mais tu passes encore l’halloween avec nous autres ce soir Charlie?
- Ouais, c’est sûr. De toute façon, c’est mon père le premier qui va être excité de piquer mes bonbons.

Ils s’en rendent peut-être pas souvent compte, mais ils occupent une place drôlement importante dans nos vies les pères.

vendredi 1 mai 2009

Courte nouvelle "Laurence pas trop belle"


C’est l’histoire de la femme la plus perverse au monde et du pire des imbéciles jamais connu.
Alors, lumières, caméra, action.
Tous les gars de mon quartier avaient bizarrement dit adieu à leur pucelage avec la même fille ; Laurence pas trop belle, une petite puce qui se trimballe aucun amour-propre à ce qui parait. Mais pas moi. Elle m’avait pas offert ce privilège. Même le petit rouquin anorexique qui dit des p au lieu des b avait expédié la dame au septième ciel de l’Iowa. Ça devenait embarrassant. Il fallait réagir. Dans le très maintenant.
Je suis donc allé faire un tour chez une sorte d’ami que j’avais, question de préparer le terrain. Bien entendu, il la connaissait en parfaite profondeur.
- Wow! T’as pas perdu ton pucelage? Ok … j’te dirais qu’avant de t’embarquer là-dedans, tu dois savoir quelques règles.
- Ah ouais? que je fais. Comme… ?
Si j’avais un calepin, je prendrais des notes. Mémo à moi-même : me procurer un calepin.
- C’est des règles immanquables. Quand elle est sur le point de devenir folle d’excitation et que tu sens que tu contrôles à fond la situation, tu dois crier de toutes tes forces AUX AGGUETS!!!
- AUX AGGUETS?
- Ouais. Et petit truc comme ça : prépare toi une bonne doses de saloperies.
Quelques jours plus tard, je tombe sur ma princesse qui dégage en permanence cette odeur de sexe et bonbon au Corona, un petit bar de quartier fréquenté en majorité par des gens qui sont devenus des hommes grâce à elle. Alors je lui paye un verre et je multiplie ce nombre jusqu’à temps que mon portefeuille me supplie de le réanimer. Bon sang. Je vois plus très bien. Je la trouve presque un peu jolie ma Laurence pas trop belle. Disant adieu à mes inhibitions et réalisant que mon amour-propre a pris le bus sans moi vers une destination inconnue, je lui propose de faire connaissance avec la toilette des hommes. Elle me dit qu’elle les connaît très bien. En revanche, celle des femmes lui sont plutôt inconnues.
- Allez hop, cow-boy! qu’elle me dit.
Alors sans rentrer trop dans les détails, je lui lance sur place un truc un peu dégoûtant.
- Oh oui!!!
La confiance gagnant, je grimpe d’une coche dans la vulgarité. Y’a pas de quoi rendre sa mère fière.
- Oh oui!!!
Et c’est là que j’me rends compte que ma banque de donnés est épuisée. À sec.
- T’arrête pas. Mais qu’est-ce qui se passe?
Il se passe que mon puit d’insultes a un fond. Je suis catholique moi tu sauras. L’heure est plutôt grave. Je lui grogne d’une voix des cavernes des consonnes à l’oreille, mais on voit bien que c’est pas suffisant. Heureusement, on m’a appris à réagir avec calme et subtilité lors des moments intenses durant ma jeunesse. Malheureusement, on me l’a juste mal enseigné.
- Tu sais, l’orgasme d’un cochon dure 30 minutes.
Début de refroidissement.
- C’est chouette, tu trouves pas?
L’ère glaciale est annoncée. Il faut parer, réagir, contre-attaquer.
- Quand même, quand on y pense, ils ont la belle vie les lions. S’accoupler 50 fois par jour. Wow!
Congélation totale. Même cet arriéré de Walt Disney l’est pas autant.
- Tu sais que le sexe est le meilleur moyen pour perdre des calories? Mais tu peux aussi en dépenser 150 en te frappant la tête contre un mur pendant une heure. Ça peut te paraître cinglé, mais y a une fille, dont je me rappelle plus très bien le nom, qui a essayé…
Je m’écoute plus parler. Mes lèvres bougent, mais le volume est sous zéro. Y a cette légende urbaine sur ma famille : elle raconte notre extraordinaire capacité à s’enfoncer plus profondément que le commun des mortels. Alors qu’elle me regarde comme un déficient profond (à vrai dire, elle me regarde comme si je lui avais parlé de l’orgasme du cochon et de l’accouplement des lions), j’me rends compte qu’il me reste quand même un truc à faire avant de baisser définitivement le drapeau. Et c’est …
- AUX AGGUETS !!!
C’était l’histoire de la femme la plus perverse au monde et du pire des imbéciles jamais connu.